Pierre-Yves Le Borgn'

député des Français de l'étranger

circonscription Allemagne, Europe centrale et orientale

Pour la planète, contre le climato-scepticisme

Beaucoup a été dit à propos de l’échec de la Conférence de Copenhague sur le réchauffement climatique à la fin de l’année 2009. On en retiendra d’abord la démission des politiques, aussi incapables d’élever le débat à la hauteur d’enjeux pourtant fondamentaux pour l’avenir de l’humanité que désireux d’apparaître sur les photos d’un barnum médiatique rétrospectivement indécent au regard du vide sidéral des résultats. A Copenhague, l’Europe aura été singulièrement absente, faute de stratégie claire et de volonté de parler d’une même voix. Le regret peut être d’autant plus grand que l’Europe reste à ce jour la seule zone du monde où des mesures contraignantes visant à réduire les émissions de gaz à effets de serre ont été mises en place. L’Union aurait donc dû être le moteur du débat et il n’en a malheureusement rien été. Le changement climatique est désormais au sein de la nouvelle Commission dans les mains de l’ancienne Ministre danoise Connie Hedegaard, dont la présidence pour le moins maladroite de la Conférence n’aura pas été le moindre écueil à Copenhague. Il est donc permis de se faire du souci, d’autant qu’aucune réelle prise de conscience à la hauteur de l’échec n’est intervenue dans une capitale européenne depuis décembre.

L’échec de Copenhague a redonné des couleurs aux climato-sceptiques, qui, à l’instar d’un Claude Allègre en France, remettent en cause, si ce n’est le réchauffement climatique lui-même, à tout le moins le lien de cause à effet entre l’activité humaine et celui-ci. Une coquille, certes importante, sur la fonte des glaciers de l’Himalaya d’ici à 2035 dans le rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) a sonné ces dernières semaines une curée médiatique hallucinante contre un travail scientifique robuste accompli depuis près de deux décennies par une organisation distinguée en 2007 par le Prix Nobel de la Paix. Voilà des milliers de scientifiques reconnus promptement jetés en pâture, accusés sans grande nuance d’avoir bidouillé les chiffres pour provoquer un alarmisme injustifié. Tous ceux qui, lobbys pétroliers et industries lourdes en tête, ont un intérêt très mercantile à enterrer le débat et fuir leurs responsabilités s’engouffrent ainsi dans la brèche. Un fait devrait pourtant intriguer : la coquille dans le rapport du GIEC de 2007 n’avait été reprise dans aucun des documents rédigés à l’attention des autorités politiques. Comment dans ces conditions peut-on décemment parler d’une volonté délibérée du GIEC d’alimenter le pessimisme climatique ?

Dans la morosité de l’après-Copenhague, à la faveur de la crise économique aussi, il est probablement plus facile d’exploiter les erreurs et de semer le doute. Gardons-nous justement de céder à ce doute que certains intérêts alimentent. Le travail de revue des publications dans le domaine du climat conduit par le GIEC établit indubitablement, coquille ou non, que l’activité humaine est à l’origine du réchauffement climatique et que celui-ci met l’humanité en péril. La montée des eaux des océans, consécutive à la fonte de la banquise, rayera de la carte du monde des nations insulaires et autres territoires continentaux situés au niveau de la mer, comme par exemple le Bangladesh. Une hausse d’un degré seulement de la température pourrait conduire à la disparition du lac Tchad. Les écosystèmes seront bouleversés. L’accès à l’eau, à la nourriture et à la santé, plus encore qu’aujourd’hui, sera une cause de conflits dans de nombreuses régions de la planète, provoquant d’irrésistibles mouvements migratoires vers le monde industrialisé. Dans son rapport publié en 2006, le professeur Nicholas Stern avait établi que la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère pourrait atteindre vers 2035 le double de ce qu’elle était avant l’ère industrielle, conduisant ainsi à une hausse de la température de 2 degrés en moyenne. Nicholas Stern écrivait aussi que la hausse de la température pourrait être de 5 degrés à la fin du XXIème siècle, soit l’équivalent de l’augmentation des températures moyennes depuis la dernière période glaciaire jusqu’à nos jours. Voilà tout le péril qui nous guette et qui requiert action sans attendre.

Or le coût de la crise climatique est d’abord celui de la non-action publique. Le rapport Stern l’a mesuré à hauteur d’une perte minimale de 5% du PIB mondial par an dès à présent. Prenant en compte une plus vaste palette de risques associés au réchauffement de la planète, il pourrait même s’élever à 20% du PIB mondial ! A l’inverse, le coût des mesures nécessaires pour faire face à la crise climatique et stabiliser les niveaux de gaz à effet de serre entre 500 et 550 ppm en équivalent CO2 – nous sommes à 430 ppm actuellement avec une augmentation annuelle de 2 ppm – serait de l’ordre de 1% du PIB mondial chaque année. La comparaison est donc vite faite. Les chiffres avancés peuvent certes donner le tournis, mais dès lors que la volonté et les moyens n’ont pas fait défaut pour sauver les banques de leurs propres errements à l’automne 2008, pourquoi la même réaction ne serait-elle pas d’actualité sur le front du climat ? Le courage politique ne se doit pas seulement se mesurer à l’attention portée aux vicissitudes des bourses mondiales, mais à la capacité de bousculer tous les dogmes et autres certitudes. Ainsi, si certains Etats lourdement pollueurs persistent à camper sur leur refus d’assumer leurs responsabilités au regard des émissions de gaz à effets de serre, leurs exportations doivent être pénalisées en mobilisant l’outil douanier dans le cadre de l’Union européenne.

La défense de la planète est un combat socialiste. Il n’existe pas d’égalité entre les peuples face au réchauffement climatique. Les premiers à trinquer sont les plus pauvres. Raison de plus pour n’abdiquer ni ne retarder aucun des engagements européens vers le continent africain, comme par exemple les nécessaires transferts de technologie. Raison de plus aussi pour ne pas penser l’Union comme une forteresse et revenir sur la tristement fameuse « Directive de la honte » en matière de migration. Il s’entend à droite et dans certains milieux d’affaires que la lutte contre le réchauffement climatique serait un luxe en période de crise économique. Il n’y a rien de plus faux. Toute une économie et des technologies nouvelles moins carbonées peuvent être développées si la volonté politique existe, en particulier en matière de production d’électricité, de chauffage, de transport, d’agriculture ou de lutte contre la déforestation. Cette volonté politique appelle l’action publique des Etats et des autorités locales. Elle appelle aussi la solidarité internationale et une Europe qui se pense autrement qu’une simple zone de libre-échange. Ce n’est pas la droite qui mènera ce combat, encore moins Nicolas Sarkozy, prompt à communiquer bien plus qu’il ne l’est à agir. Ce sera nous, les socialistes, par notre militantisme politique, par notre engagement citoyen dans la vie associative et les ONG. Cette cause doit être au cœur de notre combat pour une autre gouvernance mondiale.