Pierre-Yves Le Borgn'

député des Français de l'étranger

circonscription Allemagne, Europe centrale et orientale

Sarkozy et le moins-disant environnemental

Par crainte de renouveler son dérapage verbal de mars 2008, Nicolas Sarkozy ne s’est aventuré au Salon de l’Agriculture que samedi dernier, jour de fermeture, arrivant même dès potron-minet de peur sans doute de croiser du monde.

Parcours savamment balisé, supporters UMP rameutés pour faire la claque aux endroits stratégiques et risette obligée à la FNSEA, rien n’avait été laissé au hasard en ces temps électoraux pour limiter la casse politique de cette expédition périlleuse dans la plus grande ferme de France…

Il faut dire que l’élu de Neuilly et des beaux quartiers des Hauts-de-Seine n’a pas trop la fibre rurale et, disons-le, n’entend pas grand-chose non plus au combat sociétal engagé ces dernières années pour une agriculture respectueuse de l’environnement et de la santé publique. Difficile pour lui, dès lors, de ne pas céder à une démagogie facile lorsqu’il s’agit de mobiliser les alliés politiques supposés fidèles dans les lobbies agro-industriels.

C’est ainsi qu’il faut lire l’annonce fracassante samedi du prochain allègement des contraintes environnementales pesant sur l’agriculture, au motif que ces dernières freineraient la compétitivité de la France.

Les conséquences de cette annonce sont lourdes de sens. Une bonne part des propositions phares du volet agricole du Grenelle de l’Environnement sont ainsi passées par pertes et profits, notamment la réduction à terme de 50% du volume de pesticides employés. A croire que les pollutions massives provoquées dans certaines régions de France par l’agriculture intensive ne pèsent finalement que bien peu face à la realpolitik électorale de la droite.

Pour ne prendre qu’un exemple, que vaut en effet désormais le plan d’action contre les marées vertes présenté par la Secrétaire d’Etat à l’Ecologie Chantal Jouanno le mois passé en Conseil des Ministres face à l’annonce présidentielle de samedi ? Sans doute sera-t-il au mieux l’expression d’une gestion curative des algues vertes sur le littoral français et en rien une volonté de lutter à la racine contre les causes véritables de ce fléau : la pollution des ruisseaux et rivières par les nitrates d’origine agricole.

L’annonce de Nicolas Sarkozy est également un désastreux pied de nez aux engagements européens de la France, récemment rappelés par la Commission européenne en novembre dernier dans une lettre de mise en demeure enjoignant notre pays de se confirmer enfin au droit communautaire sur la qualité des eaux de consommation.

Cette dernière affaire est emblématique du refus de la France de prendre en compte les excès de l’élevage hors-sol et de l’utilisation intensive des pesticides.

Dès 1992, une association locale de protection de l’environnement, Eaux et Rivières de Bretagne, avait saisi la Commission européenne pour exiger l’application de la Directive eau alimentaire de 1975. Cette Directive fixe en effet un plafond de 50 mg/litre de nitrates au-delà duquel il est interdit de prélever dans les rivières des eaux destinées à la consommation humaine. Ce plafond était malheureusement atteint et même largement dépassé dans de nombreuses rivières bretonnes.

L’objectif de l’association était d’obtenir que les plans de reconquête de l’eau prévus par la Directive en cas de dépassement des normes soient mis en œuvre. 18 ans plus tard, malgré deux lettres de mises en demeure et deux avis motivés de la Commission européenne, un arrêt de la Cour de Justice européenne et une potentielle autre saisine de la Cour de Justice visant à condamner la France à une amende de 28 millions d’Euros et une astreinte journalière de 117 882 Euros jusqu’à application du droit, nous en sommes toujours au même point.

Aucun progrès ou presque n’a été enregistré depuis 1992. Désespérant.

De quel crédit politique peut disposer en matière de protection de l’environnement et de la santé publique un exécutif qui foule aussi allègrement aux pieds ses engagements européens ? Aucun.

Les citoyens devraient être légitimement en droit attendre du gouvernement français qu’il prête oreille aux attentes du corps social et non aux seuls intérêts commerciaux. Encore plus en ces temps récents où, cédant aux pressions, la Commission européenne flageole et, en rupture avec l’approche prudente développée depuis 1998, autorise la commercialisation par la firme BASF de l’Amflora, une pomme de terre génétiquement modifiée.

Or, en appeler au moins-disant environnemental et s’affranchir finalement du droit, comme le fait Nicolas Sarkozy, ne peut qu’encourager toutes les petites lâchetés politiques ici et là. Au lieu de saisir le Haut-Conseil des biotechnologies, il aurait d’abord fallu rappeler à la Commission européenne que la Directive sur les OGM 2001-18 requiert l’élimination de marqueurs tels que le gène de résistance aux antibiotiques que contient la pomme de terre Amflora, et relativiser ainsi l’avis favorable de l’Agence européenne de sécurité des aliments sur lequel se fonde la Commission.

C’est malheureusement un combat que la France, prisonnière de reniements et autres contradictions sarkozystes, a choisi de ne pas mener. Il faut le déplorer.

Agir pour l’environnement et la santé publique nécessite une vision, une indépendance et un sens de l’intérêt général que seule une alternance politique pourra permettre. Vivement demain !