Pierre-Yves Le Borgn'

député des Français de l'étranger

circonscription Allemagne, Europe centrale et orientale

1 er Mai

C’est le 1er mai. Jour de repos, jour de fête du travail, jour de printemps aussi. Dans le train que j’ai pris tôt ce matin, la campagne défile. Les champs de colza de Picardie déroulent un jaune magnifique. Le ciel a le bleu d’une saison qui s’affirme. A la gare du Nord apparaissent les premiers brins de muguets.

Ils me rappellent les fêtes de mon enfance, ces petites clochettes que mon père rapportait à ma mère au retour de la manifestation d’unité syndicale. C’était le début des beaux jours, l’été qui s’annonçait au loin. Nostalgie d’un passé heureux et fierté aussi d’être de ce monde du travail, de son histoire et de ses célébrations.

Ce matin, j’ai envie de voir Paris. Dans le taxi qui file vers la rue de Solférino, je regarde les avenues désertes. Le chauffeur emprunte de petites rues, progresse vers le Louvre et … aboutit à deux pas des préparatifs de la manifestation du Front National  !  Demi-tour gêné: ce n’était pas le rassemblement attendu !

Le siège du PS est tranquille. Un simple bouquet de roses est posé à même le sol dans la cour pavée. Au pied d’une petite plaque. « A Pierre Bérégovoy, martyr socialiste (1925-1993) ». Autre 1er mai, celui d’une grande peine pour tant de Français. Je ne pouvais y croire.

Béré, un parcours construit à la force du travail, de l’usine en Normandie à la direction de notre pays. La gauche au pouvoir, les réformes, le courage et aussi les calomnies, la défaite et la solitude. Il y a des mots qui tuent et sans doute aussi des silences qui condamnent. Climat d’une époque malsaine et révolue. Livrer aux chiens l’honneur d’un homme et finalement sa vie, les mots de François Mitterrand aux obsèques de Pierre Bérégovoy résonnent encore en moi.

L’émotion demeure, malgré le temps qui passe. En laissant le souvenir et le cœur nous ramener au bord d’un canal, à Nevers, il y a 17 ans déjà.