Pierre-Yves Le Borgn'

député des Français de l'étranger

circonscription Allemagne, Europe centrale et orientale

Contre les inondations: une prise de conscience collective et individuelle

Inondations Draguignan juin 2010En l’espace de quelques mois seulement, la France a subi deux inondations meurtrières, l’une à la fin février sur les côtes de Vendée et de Charente-Maritime, l’autre la semaine passée sur les hauteurs de Draguignan. Le coût humain de ces catastrophes est terrible : 85 vies humaines ont été perdues. Les victimes étaient le plus souvent des personnes âgées, peu mobiles et isolées chez elles. Quant au coût financier, il s’élève à plusieurs milliards d’Euros. Ces catastrophes ont mis en lumière l’impréparation de notre pays face au risque d’inondation, mais aussi les erreurs politiques commises au cours des années et décennies écoulées, qui, mises bout à bout, conduisent désormais le territoire français à une grande vulnérabilité. L’inondation est en effet de loin le premier risque naturel en France en raison même de sa géographie, avec un très long littoral, des fleuves puissants et un relief montagneux.

Des centaines de milliers de Français vivent dans des zones inondables. Le rapporteur de la mission sénatoriale sur la tempête Xynthia, Alain Anziani (PS), a ainsi révélé que dans les deux départements de Vendée et de Charente-Maritime, seulement 46 des 800 communes exposées au risque de submersion marine possèdent un plan de prévention ! 245 000 maisons dans ces deux départements se trouvent au-dessous du niveau de la mer. L’urbanisme dans les zones littorales s’est développé à marche forcée, en dépit de tout bon sens et souvent dans un contexte de spéculation foncière débridée.

Certes, le droit empêche aujourd’hui de nouvelles constructions, mais que faire de toutes celles qui existent et sont habitées ? Même après le drame de la fin février, alors que la preuve la plus tragique du danger avait été apportée, de nombreux riverains réfutaient toute idée de départ. Erreurs en bord de mer, erreurs aussi à proximité des cours d’eau. Le déboisement accéléré, le remembrement massif et le goudronnage systématique des routes accentuent le ruissellement en période de fortes précipitations. L’eau de pluie ne pénètre plus en profondeur dans le sol et vient irrésistiblement gonfler le lit des torrents et rivières. C’est ce qui s’est passé dans le Haut-Var la semaine dernière.

Dans ma ville natale, à Quimper, de graves inondations, heureusement sans pertes humaines, ont eu lieu au cours des années écoulées à la faveur de pluies torrentielles, que plus rien ne stoppait depuis la disparition de nombreux talus sur les collines surplombant la ville, et l’effet de fortes marées sur le littoral atlantique. L’on a coutume de dire que la nature reprend ses droits. C’est en l’occurrence vrai et pas seulement pour des situations aussi absurdes que des constructions réalisées dans le lit historique des rivières.

Le Gouvernement a annoncé cette semaine la réalisation d’une nouvelle cartographie des zones très dangereuses pour les inondations. Elle fera place pour la première fois au changement climatique, à l’élévation du niveau de la mer et au ruissellement des eaux. Il n’était que temps ! Le niveau de la mer ne va pas commencer à grimper, il a déjà monté de plus de 20 centimètres depuis le début du XXème siècle.

Or de nombreuses digues, peu ou pas entretenues, datent de siècles plus lointains. L’élévation du niveau des eaux, liée à de forts vents, peut conduire plus facilement que par le passé à la formation de vagues mettant à mal des protections déjà largement dépassées. L’investissement est urgent et coûteux. De même, afin de lutter contre le ruissellement, la replantation massive d’espèces d’arbres aux racines profondes sera nécessaire. Il s’agira enfin de rendre à la nature des territoires aujourd’hui habités dès lors que le risque d’inondation y aura été clairement identifié. Tout sera fonction de volonté politique et de moyens.

La France possède un droit de l’urbanisme souvent complexe, mais très mal appliqué. Or, il n’est pas acceptable pour la collectivité publique que des personnes vivant dans des zones très dangereuses et le sachant pertinemment se refusent à quitter leurs habitations. Sans vouloir mésestimer l’attachement à un endroit ou à une maison, largement compréhensible, il n’est pas juste cependant de demander à la collectivité de venir financer les opérations de sécurité civile rendues nécessaires par l’inapplication du droit et l’entêtement des riverains. Si l’expropriation est le seul moyen d’agir dans un certain nombre de zones, il faut y recourir sans hésitation.

Le travail de prévention nécessaire des inondations obligera en effet à une prise de conscience et de responsabilité qui soit à la fois collective et personnelle. S’il y a une leçon à tirer des drames de ces derniers mois, c’est l’urgence de l’action publique et l’application rigoureuse de l’arsenal juridique.