Pierre-Yves Le Borgn'

député des Français de l'étranger

circonscription Allemagne, Europe centrale et orientale

Raphaël Elizé, un destin hors du commun

Depuis une cinquantaine d’années, l’histoire politique de Sablé-sur-Sarthe se confond avec celle de François Fillon et de son prédécesseur à la mairie, l’ancien Ministre gaulliste Joël Letheule. La région est certes plutôt conservatrice, mais elle n’a pas toujours eu un maire de droite. Entre 1929 et 1940, le maire de Sablé était socialiste. Il s’appelait Raphaël Elizé et fut le premier maire de couleur que connut la France métropolitaine. Je viens d’achever la lecture de la formidable biographie que lui consacre l’association « Passé simple », qui fait vivre l’histoire de Sablé et de sa région. C’est un livre magnifique, bouleversant, résultat d’un travail de mémoire conduit pendant plus d’une année par ses membres.

Raphaël Elizé avait quitté la Martinique à l’âge de 11 ans avec sa famille après l’éruption de la Montagne Pelée. Diplômé de l’Ecole Vétérinaire de Lyon, décoré de la Croix de Guerre à l’issue de la première guerre mondiale, il s’installa à Sablé après la première guerre mondiale. Militant à la section locale de la SFIO, il est élu maire de la ville aux élections municipales en 1929 et le restera jusqu’en 1940. Il conduit comme premier magistrat de Sablé une politique sociale, culturelle et sportive innovatrice, qui lui vaut la reconnaissance et le soutien de ses concitoyens. Une réussite d’autant plus remarquable dans le contexte d’intolérance de la France des années 1930.

En juin 1940, de retour de l’Aisne où il avait été mobilisé, Raphaël Elizé se voit refuser la restitution de sa charge de maire par l’occupant allemand. La raison en est simple : « Il est insupportable à l’administration militaire et à l’armée allemande de reconnaître comme maire un homme de couleur, ni de discuter avec lui ». Tel est le courrier adressé par l’occupant au Préfet de la Sarthe. Raphaël Elizé reprend sa vie de vétérinaire tout en rejoignant la Résistance. Arrêté en septembre 1943, il est déporté à Buchenwald où il décédera en février 1945.

Le livre de l’association « Passé simple » offre anecdotes et photographies, qui permettent de découvrir le parcours de Raphaël Elizé, la fidélité inexpugnable à ses convictions, sa passion des arts, qu’il s’agisse de peinture, de musique ou de poésie. Il révèle aussi la complexité d’un homme, son courage, son humanité face aux évènements d’une époque et aussi aux drames privés. Je suis heureux d’avoir pu mettre à profit le temps des vacances pour lire ce magnifique livre et le recommande (Raphaël Elizé (1891-1945), Editions du Petit Pavé). Nous avons tant à apprendre de celles et ceux qui, socialistes, ont fait vivre cet idéal de justice et de paix qui nous unit aujourd’hui.