Pierre-Yves Le Borgn'

député des Français de l'étranger

circonscription Allemagne, Europe centrale et orientale

Un combat exemplaire


Le vote par le Parlement hier de la réforme des retraites n’est pas une défaite pour le mouvement social. Caporalisée jusque dans les moindres expressions, la majorité UMP à l’Assemblée Nationale et au Sénat a obéi aux ordres de l’Elysée. L’arithmétique parlementaire a parlé. Reste que le Gouvernement a perdu la bataille des idées, de la solidarité entre générations et plus que tout de l’unité nationale, qu’il fallait savoir rechercher sur un sujet aussi structurant pour l’avenir de notre pays. Au lieu de cela, nous avons assisté, des semaines durant, à une expression brutale, hostile à tout échange, parfois même haineuse. La seule expression de la droite était qu’il n’existe aucune alternative à son projet. Oui, pour qui avait fait délibérément depuis le départ le choix de ne rien écouter…

La réforme Sarkozy-Woerth est une régression sociale. L’âge légal de départ à 60 ans, comme l’a rappelé Pierre Mauroy dans une intervention très émouvante au Sénat, était une protection pour celles et ceux qui, usés physiquement ou moralement par des décennies de travail, souhaitaient pouvoir partir pour jouir du temps qui reste. L’espérance de vie a augmenté, certes, mais l’écart reste bien de 9 ans entre celle d’un ouvrier et celle d’un cadre. C’est une inégalité majeure que la droite a choisi d’ignorer. Elle a traité par le mépris la revendication de prise en compte de la pénibilité, qu’elle a voulu confondre avec l’invalidité et médicaliser dans sa définition. Désormais, quelqu’un qui aura commencé à travailler à 16 ans, souvent dans des conditions difficiles, devra trimer durant 46 ans pour pouvoir prétendre à la retraite…

Plutôt que de faire peser invariablement sur tous les salariés des mesures aussi profondément injustes, il était possible de trouver d’autres sources de financement, à commencer par les revenus du capital que l’on aurait pu taxer. A l’heure du scandale Bettencourt, bien connu d’Eric Woerth, cela avait tout son sens. N’est-il pas révoltant de préférer prendre deux années de quiétude à ceux qui en ont tant besoin plutôt que d’appeler les riches à contribuer à ce pot commun que l’on nomme la solidarité nationale ? Rien finalement n’est plus exemplaire du sacrifice de l’intérêt général que ce choix-là. La droite a prestement évacué le million de retraités français qui vivent sous le seuil de pauvreté. Sur la revalorisation de leurs retraites, rien. Sur le maintien dans l’emploi des salariés de plus de 50 ans, rien non plus.

Le Gouvernement aime à décrire comme les derniers des Mohicans celles et ceux qui, dans tout le pays comme dans nos communautés à l’étranger, se sont levés et mobilisés des semaines durant. Cela fait toute de même des millions de Mohicans ! Des Mohicans qui ne sont au demeurant ni ignorants des réalités économiques et financières, ni irresponsables, mais qui pensent simplement le rapport au travail et à la vie différemment que dans un exercice comptable à charge qui les cible exclusivement. Le langage de l’effort n’a de chance d’être entendu que si cet effort est partagé. Ainsi, le Parti Socialiste ne rejette pas l’idée de l’allongement de la durée de cotisation, dès lors notamment que l’âge légal de départ à 60 ans serait maintenu, que la pénibilité serait prise en compte et que le capital serait appelé à contribuer. Cette approche est fondamentalement juste.

Pas loin des deux tiers des Français se sont identifiés au mouvement social. Le combat de l’intersyndicale est exemplaire et doit demeurer. Il y a en tant de nos compatriotes un élément de rage contre le fait accompli brutal et aussi un élément d’espoir qu’en 2012, la gauche victorieuse réforme notre système de retraites dans le sens de la justice en donnant toute sa place au dialogue social.

L’humiliation est un sentiment dont on se souvient longtemps. Ce qui s’est passé ces dernières semaines en France restera dans la mémoire collective, prompt à ressurgir, non par la violence qu’attiserait le désespoir, mais par l’engagement solide d’une force politique, la nôtre, de proposer dans les urnes en 2012 une autre réforme des retraites à la communauté nationale.