Pierre-Yves Le Borgn'

député des Français de l'étranger

circonscription Allemagne, Europe centrale et orientale

Loin, si loin de l’intérêt général…

Nicolas Sarkozy assure qu’il “sent” bien la présidentielle de l’an prochain. Il ne fait pas grand doute en effet qu’il briguera à nouveau les suffrages des Français. Sur quel bilan et au nom de quel projet se représentera-t-il ? Nous avons traversé quatre années de foucades, de coups de tête, de contradictions et d’occasions perdues. La France est plombée par les déficits, l’endettement et la croissance insupportable des inégalités. Quatre années gaspillées, qui se chiffrent en souffrances pour nombre de compatriotes, et desquelles l’on ne parvient pas à dégager la moindre ligne directrice, une vision de l’avenir de notre pays et tout simplement un projet. Le voyage du Président dans les Ardennes cette semaine était confondant d’aveuglement. Comment Nicolas Sarkozy pouvait-il espérer convaincre, toucher ces ouvriers à qui il avait promis monts et merveilles en 2006 et qu’il a totalement abandonnés sitôt parvenu à l’Elysée ? Ce voyage était indécent.

Le projet de Nicolas Sarkozy est d’être réélu. C’est tout. Après, advienne que pourra. Il gouvernera à l’instinct, par coups politiques, naviguant à la godille sans cap ni boussole, loin, si loin de l’intérêt général. Le sarkozysme est un opportunisme. Depuis deux mois, il s’entend une petite musique insistante sur le thème de l’islamophobie et plus récemment de la préférence nationale. Claude Guéant en est le chef d’orchestre et Xavier Bertrand l’un des musiciens. Rude semaine que celle qui s’achève, entre les trains bloqués de Vintimille, humiliation infligée par le gouvernement aux italiens et aux réfugiés tunisiens, et la déclaration glissante du Ministre du Travail sur l’immigration de travail, qu’il conviendrait de réduire pour redonner du travail aux français. La stratégie est claire : il s’agit d’aller concurrencer Marine Le Pen sur ses sujets et ses propositions de prédilection. A droite toute. Et même un peu plus loin.

Car à qui fera-t-on croire, études à l’appui, que l’immigration menace le travail des français ? Il n’existe pas de concurrence entre les français et les travailleurs immigrés sur le marché du travail. Réduire la liste des métiers pour lesquels les étrangers sont exemptés d’autorisations de travail n’a aucun sens. Cette liste est parcellaire et au demeurant aisément contournable par tout employeur un peu finaud. La déclaration de Xavier Bertrand était un pur exercice politique de braconnage sur les terres du Front National. Elle ne relevait en rien d’une stratégie de lutte contre le chômage. De stratégie sur ce sujet, il n’y en a malheureusement pas. Il y a quelque chose de moche à pointer du doigt certaines catégories de personnes et à faire silence sur ses propres turpitudes et carences. Formation professionnelle, conditions de travail, salaires, que nous dit le gouvernement ? Et surtout que fait-il ?

Gouverner avec l’obsession des urnes écarte l’intérêt général. C’est sans doute ce qu’il y a de plus insupportable dans cette fin de règne empoisonnée. La chose publique en est réduite au buzz et aux opérations de spin électoral. Affligeant. Cela ne renforce que plus encore le devoir d’alternance l’an prochain et l’obligation qui pèse sur celles et ceux qui veulent retrouver les promesses de la République sociale de s’unir, non seulement pour gagner, mais plus encore pour gouverner.