Pierre-Yves Le Borgn'

député des Français de l'étranger

circonscription Allemagne, Europe centrale et orientale

Cette France rabougrie que la droite nous prépare

Ces derniers jours, Jean-François Copé et Claude Guéant se multiplient sur les plateaux de TV et dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale pour dénoncer la primaire du PS. Ils n’y vont pas de main morte. Dans un courrier adressé ce jour aux militants de l’UMP, Jean-François Copé parle ainsi « (…) de risque réel que cette primaire débouche sur un fichage des opposants politiques au PS (…) ». Le courrier est accompagné d’un kit complet sur la primaire du PS à destination des militants, dont un argumentaire sur « les menaces qu’elle fait peser sur les libertés individuelles ». Rien que cela ! Même pas d’emploi du conditionnel. On est dans le gros calibre. Et le message de Jean-François Copé s’achève par un appel à la « mobilisation pour relayer cette campagne en faveur des libertés individuelles et contre le fichage politique ».

Tout cela est franchement misérable. Degré zéro de l’argutie politique. Car le Parti Socialiste, dans le strict respect du droit et sous le contrôle de la CNIL, avait déjà pris tous les engagements sur la destruction des listes. Ceci sera scrupuleusement exécuté et vérifié. Rien de nouveau, sauf qu’il fallait absolument à Jean-François Copé une occasion de créer la diversion en ces temps difficiles pour la droite. Raté, tant la ficelle était grosse. Reste que l’on peut légitimement être révolté par de telles méthodes. Et, puisque Jean-François Copé parle de fichier, de menaces pour les libertés, d’injustices, l’on aurait tort pour le coup de ne pas évoquer un vrai scandale, lui : la remise en cause de la double-nationalité par une partie de l’UMP et la présentation du rapport du député Claude Goasguen sur le droit de la nationalité.

Quelle France rabougrie, peureuse, injuste, en un mot si peu républicaine nous prépare la droite lorsqu’il est question de subordonner l’acquisition de la nationalité française à la renonciation préalable à l’autre nationalité, par déclaration dans le cas du mariage ou décision de l’autorité publique dans celui de la naturalisation ? Les binationaux de naissance seraient obligés de faire état de leur autre nationalité. A aucun moment n’est-il question de la richesse culturelle, citoyenne, humaine portée par l’ouverture à plusieurs cultures et nationalités. Rien.

Il pèse sur le binational une présomption de moindre patriotisme, de valeurs diluées et presque de trahison annoncée. C’est une honte. La binationalité n’est pas une menace pour la Nation, mais au contraire l’une de ses chances. Sauf qu’à courir derrière Marine Le Pen, on passe par-dessus bord tout ce qui fait la grandeur de notre pays et de notre héritage républicain.

Sur la nationalité, ne touchons pas à la loi Guigou. Sur la binationalité, regardons le monde comme il est, avec générosité, optimisme, foi en une citoyenneté ouverte et partagée. Il n’y a pas trop de binationaux. Il n’y en a pas assez. Le modèle à suivre, c’est le droit, comme en Allemagne, de devenir allemand sans cesser d’être français et inversement. Car dans la citoyenneté, il y a aussi une belle part d’affection, de reconnaissance et d’espoir. C’est cette part-là qui fait singulièrement défaut à droite ces derniers temps.

Crédit image : Rue89