Pierre-Yves Le Borgn'

député des Français de l'étranger

circonscription Allemagne, Europe centrale et orientale

Salut Lieutenant !

Le décès de Peter Falk vendredi dernier m’a fait de la peine. Je faisais partie des millions de téléspectateurs qui, à travers le monde, ont aimé le lieutenant Colombo, son imper chiffonné, son horrible cigare mâchouillé, son cabriolet 403 pourri, son vieux clébard amorphe et même sa femme qu’on ne voyait pourtant jamais. Alors que les gros muscles, la castagne et les calibres lourds peuplaient déjà les séries télévisées (et cela ne s’est pas arrangé depuis), Colombo tranchait par l’intelligence, le calme, le recul et une bonne dose d’humour. Il fallait le voir se gratter le front et revenir sur ses pas avec une dernière question pour le meurtrier qu’il allait coincer. Jamais un gnon, toujours de l’allure et, dans son genre, beaucoup de classe aussi.

Sans doute avons-nous une série culte enfouie au fond de notre mémoire. Pour moi, c’était Colombo. D’autant que, succès aidant, Peter Falk nous a accompagnés plus de 30 ans ! Quand je vivais à Los Angeles, les tournages de Colombo avaient repris après une décennie d’interruption. Dans ma classe de littérature germanique à UCLA, il y avait une actrice qui jouait avec Peter Falk dans « Colombo Goes to College ». J’étais totalement bluffé ! En classe, notre roman d’étude était « Der Richter und sein Henker », de Friedrich Dürenmatt. Nous avions été quelques étudiants à recommander à notre amie de parler de Dürenmatt et de son roman policier au légendaire lieutenant californien. Ce qu’elle avait fait pour nous.

Peter Falk n’était pas seulement Colombo. Il était aussi un grand acteur de cinéma, copain de John Cassavetes et de Ben Gazzara, avec qui il tourna. Au moment de me souvenir de sa carrière cinématographique, c’est pourtant d’abord à son passage dans « Les Ailes du Désir » de Wim Wenders que je pense plus qu’à sa longue filmographie américaine. Le film de Wenders est un véritable chef d’œuvre pour moi. Peter Falk y jouait son propre rôle, traversant le film de manière magique, inimitable, sous le ciel de Berlin. Au fond, Colombo avait rendu Falk universel et l’acteur avait donné dans ce film toute la mesure de son immense talent.