Pierre-Yves Le Borgn'

député des Français de l'étranger

circonscription Allemagne, Europe centrale et orientale

A Varsovie et Cracovie (14-15 novembre)

J’ai effectué les 14-15 novembre un déplacement à Varsovie et à Cracovie. Il s’agissait de mon troisième déplacement en Pologne depuis juin 2012. La Pologne est un ami précieux de la France dans le débat européen et plus largement le concert des nations. Les relations entre nos deux pays se sont singulièrement réchauffées depuis l’élection du Président François Hollande. A quoi cela tient-il ? A la perception que nos histoires et intérêts respectifs sont liés, mais aussi, sans doute, au geste du Président Bronislaw Komorowski qui, en mars 2012, avait accepté de recevoir le candidat François Hollande en visite à Varsovie. Je me souviens de ce voyage, auquel j’avais participé, et de la sincère reconnaissance de François Hollande, jamais démentie depuis. Rares étaient les chefs d’Etat ou de gouvernement qui se risquaient alors à voir le candidat socialiste.

 

Ce réchauffement des relations franco-polonaises s’est traduit par une visite d’Etat de part et d’autre. Le Président Hollande sera de retour à Varsovie le 29 novembre pour le sommet annuel franco-polonais, que les deux gouvernements ont décidé de réorganiser après un gel de plus de 4 ans. L’attention portée par le gouvernement français touche nos amis polonais. Ce fut notamment le cas de la visite du Ministre des Anciens Combattants Kader Arif à l’occasion du 70ème anniversaire du soulèvement du ghetto de Varsovie. Jean-Yves Le Drian, notre Ministre de la Défense, s’est rendu quatre fois en Pologne. Manuel Valls y est attendu au mois de décembre. Les groupes d’amitié à l’Assemblée nationale et au Sénat sont également venus l’été dernier. Un grand changement au regard d’une seule et courte visite de Nicolas Sarkozy en 2009.

 

L’image de la France en Pologne est positive, mais elle a pâli ces deux dernières décennies. Des maladresses de part et d’autres l’expliquent. On se souviendra notamment des propos malheureux du Président Chirac, rudement ressentis par nos amis polonais, sur l’attitude de la Pologne et de certains autres pays d’Europe centrale au moment de l’intervention américaine en Irak en 2004. La France a pu aussi apparaître distante lors des premières années de reconstruction après la chute du communisme, à la différence des Etats-Unis comme également, malgré un passé difficile, de l’Allemagne. Pour les Polonais, l’innovation, l’exportation et l’emploi, c’est l’Allemagne, ce n’est pas la France. Le commerce extérieur français a beaucoup reculé en Pologne. Notre présence, notre engagement et notre écoute sont plus que jamais nécessaires pour reconstruire la confiance.

 

C’est ainsi que la France a apporté son soutien aux demandes polonaises dans le cadre des discussions sur les perspectives budgétaires de l’Union européenne. Un rapprochement de nos politiques est intervenu en particulier sur les questions agricoles et de défense. Si des différences subsistent sur d’autres aspects, notamment en matière de droit de la famille, un dialogue politique régulier entre la France et la Pologne est désormais en place avec beaucoup de contenu. Il s’étend aussi à l’Allemagne dans le cadre du Triangle de Weimar, tant au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement, que des Ministres, hauts fonctionnaires et aussi de certaines coopérations décentralisées comme celle unissant le Nord-Pas de Calais, la Rhénanie du Nord-Westphalie et la Haute-Silésie. Près de 200 jumelages unissent des collectivités locales polonaises et françaises.

 

J’ai consacré une part de mon déplacement en Pologne à la question énergétique. J’ai ainsi rencontré Andrzej Bobinski, journaliste et analyste à l’hebdomadaire Politika. Je me suis également entretenu avec Grazyna Madrzak-Beniowska et Patrick Auffret à l’Ambassade de France. A Cracovie, je me suis rendu sur le site de la centrale thermique d’EDF, qui produit électricité et chaleur pour le réseau urbain de la ville et alentours. La question énergétique est essentielle en Pologne. 83% de la production d’énergie repose sur le charbon. Plus que le réchauffement climatique, pourtant lié à une production très carbonée, c’est l’indépendance énergétique et le faible coût de l’énergie qui sont les principaux éléments du débat. La Pologne veut réduire sa dépendance à la Russie pour les importations de gaz. Se pose ainsi la question de l’exploitation de réserves de gaz de schiste, présentées – sans doute abusivement  – comme immenses. Il est question aussi de l’ouverture d’une première centrale nucléaire, dont le coût cependant pourrait être prohibitif et toute décision renvoyée à la prochaine mandature parlementaire.

 

J’ai rencontré Monika Constant, directrice de la Chambre de Commerce et d’Industrie française en Pologne. Plus de 600 entreprises à participation française sont actives dans le pays. La France compte 8 des 25 plus grands investisseurs en Pologne. Les perspectives dans le domaine de l’énergie, de l’environnement, des infrastructures, des télécommunications et de la grande distribution sont intéressantes pour nos entreprises. Notre présence dépend aussi d’un lycée français actif, solide et abordable pour les Français comme pour les Polonais. Le Lycée René-Goscinny dispose d’un effectif de 760 élèves, en légère hausse ces dernières années. La résolution, peut-être prochaine, de la problématique immobilière le concernant lui donnerait toute la pérennité de développement nécessaire.

 

Je me suis rendu au Lycée pour une rencontre avec la direction et les représentants du conseil de gestion. J’ai également participé à l’enregistrement d’une émission de télévision préparée par les élèves sous la conduite de leur professeur Loïc Gatteau, retrouvant à cette occasion la petite Manon Claude, qui avait été la talentueuse députée junior de notre circonscription au Parlement des Enfants en juin dernier à l’Assemblée nationale. J’ai reçu à l’Ambassade de France les représentants de Varsovie Accueil, de l’Entraide Française, de l’association Rhin-Danube et du Souvenir Français. En fin de journée le 14 novembre, en compagnie de ma suppléante Pascale Seux, j’ai tenu à l’Institut français une réunion de compte-rendu de mandat, revenant notamment sur divers éléments de mes récentes activités,  l’accès en ligne depuis l’étranger aux chaines de télévision française et l’aide à la scolarité.

 

A Varsovie comme à Cracovie le lendemain, je me suis attaché à souligner toute l’importance de notre réseau éducatif et culturel en Pologne. Il y a le lycée français de Varsovie, bien sûr, les Instituts culturels de Varsovie et Cracovie, les 13 Alliances Françaises en province et les 27 collèges et lycées polonais hébergeant des sections bilingues pour près de 4 000 élèves. Tout ceci forme un dispositif précieux qu’il ne saurait être question de réduire sauf à renoncer à ce qui forge l’exception culturelle et à la diplomatie d’influence que la coopération dans les domaines de l’enseignement et de la création entraîne  Je me suis notamment engagé, recevant en fin de permanence les personnels de l’Institut culturel de Cracovie, à relayer au plus haut niveau leurs craintes qu’une information, certes infondée, publiée dans la presse il y a quelques mois, avait pu susciter quant à l’avenir de celui-ci, remarquablement géré et inséré dans la vie de la ville et de sa région.

 

Je serai de retour en Pologne au premier semestre 2014, vraisemblablement en fin d’hiver, pour un déplacement à Wroclaw et Walbrzych. Je me rendrai également à Auschwitz et Birkenau.  

 

Merci à l’Ambassadeur Pierre Buhler, au Consul de France à Varsovie Philippe Martin et au Consul de France à Cracovie Thierry Guichoux pour leur concours précieux pour la préparation de ce déplacement.

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