Pierre-Yves Le Borgn'

député des Français de l'étranger

circonscription Allemagne, Europe centrale et orientale

En retrait de la campagne présidentielle

Benoît Hamon sera le candidat du Parti socialiste à l’élection présidentielle. Sa victoire dimanche aux primaires de la gauche est nette. Elle consacre une démarche sincère et forte, engagée il y a de longs mois. Je veux lui dire mon respect personnel et mes amicales félicitations.

 

Depuis juin 2012, j’ai eu à cœur de partager mes choix et mes votes publiquement. J’ai été un député libre, décidant et agissant en conscience. Lorsque j’ai eu des désaccords avec le gouvernement ou mon groupe parlementaire, je les ai toujours assumés et ai voté en conséquence. J’ai ainsi partagé certains votes rebelles avec Benoît Hamon sur la déchéance de nationalité, la loi renseignement et la prolongation de l’état d’urgence. Nous nous sommes rejoints aussi sur l’urgence écologique. J’ai mené et mène encore le combat contre la suppression des classes bi-langues au collège et l’assujettissement des revenus des Français de l’étranger aux prélèvements sociaux.

 

Je crois plus que tout à l’exigence de cohérence. J’ai soutenu par conviction les choix économiques du gouvernement depuis la présentation du rapport Gallois, le respect de ses engagements européens par la France, la loi Macron et la loi travail. La désindustrialisation et le chômage de masse ruinent la société française. Un pays sans industrie n’a pas l’avenir. Je ne crois pas à la raréfaction du travail, pas plus qu’à la décroissance. Construire des panneaux solaires, installer des réseaux intelligents de distribution d’électricité, isoler des bâtiments, c’est de la croissance et c’est heureux. Pour y parvenir, il y a des investissements à réaliser, des emplois à créer et une offre à bâtir.

 

Les propositions économiques de Benoît Hamon s’inscrivent à rebours des politiques que j’ai soutenues. Je suis en désaccord avec l’instauration du revenu universel d’existence. Je pense qu’il faut réduire la pression fiscale et non l’augmenter. J’attends également que l’on parle d’Europe et agisse en son nom positivement, avec passion et envie. Par honnêteté et cohérence, je ne peux, au vu de ces différences, prendre part utilement à la campagne présidentielle. C’est une question de conscience et de crédibilité. C’est aussi une question de respect à l’égard de Benoît Hamon, des compatriotes avec qui j’ai toujours partagé librement mes positions et de moi-même.

 

Cette décision m’est douloureuse. Je suis un homme de gauche, fier d’un parcours collectif et d’une histoire qui me dépasse. Je pense à ceux de mes amis que mon choix surprendra et peinera peut-être. Me connaissant, ils comprendront aussi que la vérité, la transparence et la rigueur auxquelles je tiens m’y conduisent. La loyauté et la fidélité sont des valeurs cardinales pour moi. Elles m’amènent aujourd’hui à faire ce pas de côté par égard pour la famille politique à laquelle j’appartiens – le Parti socialiste et la social-démocratie européenne – et qui reste plus que jamais pour moi l’ancre d’une vie militante au service du plus bel idéal : le progrès partagé dans une société libre.

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