Pierre-Yves Le Borgn'

député des Français de l'étranger

circonscription Allemagne, Europe centrale et orientale

Notre indignation et nos espoirs

Le temps passe, la crise s’aggrave, les peuples souffrent et … l’Union européenne continue, imperturbablement, sur le chemin qui mène droit vers le mur. Comme l’an passé pour aider une première fois la Grèce, comme il y a quelques mois sur le fameux « pacte de compétitivité », la même cacophonie règne désormais sur ce qu’il convient de faire pour sortir Athènes de l’ornière. Il y a d’un côté les adversaires farouches de la restructuration de la dette souveraine, BCE, banques centrales et … gouvernement français, et de l’autre des pays comme l’Allemagne et les Pays-Bas, qui estiment que les contribuables ne doivent plus assumer seuls le coût d’un second plan de soutien et qu’il convient par conséquent de demander aux banques de passer aussi à la caisse. Les puristes de l’Union monétaire crient au fou : la restructuration de la dette grecque serait la fin de tout, l’écroulement final, la catastrophe absolue.

A-t-on à ce point oublié qu’il y a en Europe … des Européens ? Jusqu’à quel niveau de souffrance sociale ira-t-on par aveuglement avant de réaliser que les sacrifices réclamés par Jean-Claude Trichet, Nicolas Sarkozy et quelques autres sont non seulement inopérants pour redresser les comptes d’un pays aussi malade que la Grèce, mais dangereux pour la démocratie et la paix civile. Voudrait-on faire le lit de l’extrême-droite que l’on ne s’y prendrait pas mieux. Les Grecs, les Portugais, demain peut-être les Espagnols et qui sait, un jour, les Français, ne sont pas de petits pions sans importance sur un vaste jeu d’échec, mais des citoyens et des électeurs à qui la décision souveraine de dire stop à l’irresponsabilité ne peut être retirée. Comment en effet ne pas comprendre et partager le mouvement des « indignés » en Espagne et au Portugal ? C’est la révolte des jeunes, des chômeurs, des salariés précaires et des retraités contre le « no future » éternel impunément préparé par les banques, les gouvernements et la Commission européenne.

En dépit de l’austérité mise en place par le gouvernement Papandreou depuis 18 mois, la dette grecque progresse et l’économie ne redémarre pas. La Grèce aura épuisé les 110 milliards d’Euros prêtés l’an passé sans parvenir à redresser ses comptes et rétablir sa crédibilité. Qui lui prêtera encore dans quelques mois ? Un tour de vis supplémentaire réduisant les salaires, alimentant le chômage et la précarité, précipiterait le pays dans la récession et tuerait tout espoir de rebond. Au Portugal, la récession est d’ailleurs déjà là. Faut-il, dans la recherche d’une solution, épargner les établissements financiers qui, par leur laxisme des années passées, portent – disons-le clairement – quelque responsabilité dans le marasme actuel ? Non. L’extension des délais de remboursement de la dette grecque s’impose à tout le moins et requiert, en effet, un effort de la part des établissements ayant acquis des obligations d’Etat grecques. Rien de blasphématoire là-dedans : que chacun prenne enfin sa part de l’effort est juste et urgent.

Qu’il est loin, le temps des Européens visionnaires, face aux égoïsmes nationaux et autres pratiques boutiquières de nos dirigeants actuels. Le projet européen crève des petites lâchetés accumulées ici et là, des calculs électoraux cyniques et de glissades populistes de moins en moins contrôlées. C’est une illusion de croire que les circonstances finiront par imposer une solution miraculeuse là où les dirigeants auraient choisi d’abdiquer. Soit le saut fédéraliste se fait, soit l’Union européenne se dissout dans un magma informe et périclite. Certains ne souhaitent d’ailleurs que cela. Or, l’union budgétaire et fiscale doit découler d’une volonté politique forte. Elle ne s’imposera jamais par défaut. L’on en revient toujours au gouvernement économique, à la nécessité de déplafonner le budget de l’Union, de lui donner des ressources propres, de lui permettre de se défendre contre les concurrences déloyales, en un mot de la doter des instruments d’une politique de progrès.

N’abandonnons pas l’Europe par lassitude ou rejet. L’Europe est plus que jamais notre avenir. Faisons de nos rendez-vous électoraux de l’an prochain un débouché à notre indignation et à nos espoirs.

crédit photo : afp.com/Pierre-Philippe Marcou