Pierre-Yves Le Borgn'

député des Français de l'étranger

circonscription Allemagne, Europe centrale et orientale

L’artisanat au cœur de l’échange franco-allemand

J’ai participé vendredi dernier à Dresde aux 21èmes rencontres franco-allemandes des chambres de métiers et de l’artisanat, intervenant en clôture avec Matthias Rössler, Président du Parlement de Saxe, et Joanna Drake, Directrice en charge des PME et de l’Entrepreneuriat à la Commission européenne. Ce retour au monde économique, près d’un an après l’avoir quitté pour la vie parlementaire, m’a fait plaisir. C’est en effet un précieux réseau d’artisans qui procédait à l’installation des panneaux photovoltaïques produits par l’industrie pour laquelle je travaillais. La Saxe était le Land de nombreux fabricants de cette industrie et j’ai dit à la tribune mes pensées et mon soutien aux travailleurs du secteur solaire, sinistré faute d’avoir pu compter à temps sur une réaction européenne cohérente et solide contre la concurrence déloyale venue de Chine.

 

C’est donc en parlementaire, mais aussi en ancien cadre d’industrie dont l’artisanat était une composante essentielle que je me suis adressé aux quelques 200 délégués présents, venus de nombreuses chambres allemandes et françaises. J’ai souhaité rendre hommage à ces organismes consulaires précieux pour l’avenir de l’artisanat et plus largement de l’économie. L’artisanat, c’est le dynamisme, la passion, le savoir-faire. C’est aussi l’innovation permanente, la compétitivité, la croissance et donc le travail. C’est ce monde-là, plus gros pourvoyeur d’emplois, qu’il convient d’entendre, d’encourager et de soutenir prioritairement en ces temps de rude crise économique et de chômage de masse.

 

J’ai insisté dans mon intervention sur le besoin d’un « small business act », qui prenne en compte les impératifs et la logique des petites entreprises pour l’accès au marché. Tant de normes inutiles découragent l’entrepreneuriat et elles doivent pouvoir être éliminées. Le risque entrepreneurial ne doit pas s’accompagner d’un parcours du combattant au plan administratif et fiscal. Le soutien aux petites entreprises, pour qui le manque de fonds propres est souvent le plus gros frein à l’expansion, est également un sujet sur lequel j’ai souhaité mettre l’accent, soulignant en particulier le rôle que la BPI doit jouer en France pour cette perspective.   

 

Le développement de la formation professionnelle, initiale comme continue, est une nécessité. L’avenir de l’artisanat requiert une qualification élevée des artisans et de leurs salariés. Plus de 640 000 apprentis (440 000 en Allemagne et 200 000 en France) réalisent leur formation dans une entreprise artisanale. Nous devons faire mieux, en particulier en France où le cadre allemand de formation en alternance, qui lie très tôt l’apprenti à l’entreprise, fonctionne à l’avantage de l’un et de l’autre. Je regrette qu’il n’existe plus de ministère de plein exercice de la formation professionnelle en France car la réforme de la formation professionnelle reste plus que jamais une absolue priorité dans la reconquête de la compétitivité de notre pays.

 

La mobilité transnationale des apprentis est pour ces derniers un passeport professionnel pour la vie. Il s’agit entre France et Allemagne à tout le moins de multiplier les échanges. La formation professionnelle devrait figurer beaucoup plus haut parmi les objectifs de l’Office Franco-Allemand pour la Jeunesse. A l’échelle européenne, un objectif de 6% des apprentis en mobilité professionnelle a été fixé. Il doit être atteint et prolongé. La mobilité européenne des jeunes ne saurait être réservée à la seule dynamique universitaire. Cette mobilité est pour la jeunesse la clé pour l’accès à l’emploi et l’épanouissement personnel.

 

Je me suis engagé à relayer dans la vie parlementaire les bonnes pratiques présentées par les chambres. Nombreuses sont celles qui sont unies localement par un jumelage franco-allemand. Les chambres des métiers et de l’artisanat de Bretagne et de Bavière fêteront ainsi en juillet prochain les 30 ans de leur jumelage. J’ai offert de recevoir cet automne à l’Assemblée nationale les présidents des deux structures nationales, l’APCMA en France et le ZDH en Allemagne, pour une réunion de travail avec les membres du groupe d’amitié France-Allemagne sur les perspectives franco-allemandes sur l’artisanat. L’artisanat est une richesse de nos sociétés européennes. Il faut la protéger et la développer pour que ces petites entreprises restent la force de nos territoires, de leur cohésion et notre avenir.

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