Pierre-Yves Le Borgn'

député des Français de l'étranger

circonscription Allemagne, Europe centrale et orientale

Au bonheur du Tour

Depuis tout petit, j’ai une fascination pour le Tour de France. Je l’attends comme, autrefois, j’attendais Noël. J’aime l’épreuve, bien sûr, mais plus encore sa légende, faite d’exploits, d’épopées, de défaillances et de drames. Le Tour de France a pour moi tous les parfums de l’enfance. Il évoque l’été, l’odeur des foins, la campagne sous le soleil, les pique-niques, les transistors qui grésillaient en donnant l’état de la course avant la prise d’antenne de la télévision. J’affichais fièrement la carte du Tour au mur, apprenant par cœur les noms des cols ardus qui attendaient mes héros. L’Izoard, le Tourmalet, le Galibier, l’Aspin, autant d’endroits devenus mythiques dans mon Panthéon cycliste.

 

Le Tour, ce fut aussi une caisse de magazines poussiéreux découverts un jour au fond d’une vieille armoire, qui racontaient étape par étape les exploits de Koblet, Kubler, Coppi, Bartali, Robic et Bobet. La caisse au trésor oubliée d’un petit garçon devenu mon père. Je les lisais des heures durant, captivé par ces photographies aux couleurs sépia, qui racontaient une époque lointaine et la ferveur populaire. Louison Bobet était le héros de ma grand-mère. Une tante âgée que j’aimais beaucoup me parlait du passage du Tour dans notre petit village breton avant la guerre. Et mon père se souvenait avec émotion des arrivées, vécues passionnément à la radio, puis devant le seul poste de télévision du village.

 

Chaque soir après les étapes, je m’en allais sur mon demi-course Arrow orange, m’imaginant un jour Ocana, un autre jour Thévenet, petit grimpeur solitaire à l’assaut des collines bretonnes, tutoyant dans mes rêves d’enfant ces légendes qui me faisaient vibrer. Plus tard, je dévorerai les livres d’Antoine Blondin et de René Fallet, et apprendrai ces expressions drôles et uniques qui font le bonheur des fous du vélo, comme « avoir la socquette légère », « se refaire la cerise » ou « mettre la grande soucoupe ». Blondin disait que le Tour, « c’est la fête et les jambes ». Il avait mille fois raison. Quelqu’un – peut-être lui d’ailleurs – avait ajouté que le Tour, c’est aussi « la France de l’anisette et des chemisettes ».

 

Le Tour de France est une fête. Samedi prochain, la centième édition s’élancera de Porto Vecchio, en Corse. Et vendredi, une petite équipe de jeunes cyclistes enthousiastes et passionnés, emmenée par Eric Fottorino, romancier et ancien patron du journal Le Monde, y prendra le départ avec un jour d’avance. Eric est un ami. C’est le vélo et les livres qui nous ont réunis. Je lui avais écrit une lettre il y a quelques années après avoir lu le récit de sa préparation au Grand-Prix du Midi Libre, course cycliste dans laquelle le journaliste qu’il était s’était aligné à plus de 40 ans avec les professionnels. Et voilà qu’Eric, la cinquantaine passée, va désormais courir le Tour de France !

 

Le Tour d’Eric Fottorino s’appelle le Tour de Fête. Son équipe compte 23 cyclistes (5 filles et 18 garçons), issus de tous les horizons, de toutes les origines. C’est la France dans sa diversité, la France que j’aime. Le Tour de Fête est une randonnée sportive, un voyage au cœur de notre pays, une ode aux plus belles valeurs du vélo que sont le courage, la volonté, l’esprit d’équipe, la solidarité, sans oublier bien sûr l’honnêteté. Eric Fottorino, le capitaine de route et ancien professionnel David Moncoutié ainsi que les 23 jeunes, soutenus par la société du Tour de France et de nombreux partenaires, courront avec un jour d’avance toutes les étapes du Tour, soit 3 400 kilomètres et 28 cols de haute montagne.

 

Je leur ai donné un coup de main ce printemps. Nous avions organisé en avril une réunion sur le Tour de Fête à l’Assemblée nationale pour présenter le projet aux députés et sénateurs des villes départ et arrivée de chaque étape. Plusieurs parlementaires seront sur le parcours et l’un d’entre eux, Philippe Folliot, pédalera même avec l’équipe sur l’étape traversant sa circonscription du Tarn. La belle histoire du Tour de Fête est en marche. Tous les jours, les coureurs raconteront leur bonheur – faire le Tour – sur les réseaux sociaux, les stations de France Bleu, France Télévision et dans les médias régionaux. Ainsi que sur le site www.tourdefete.org. Cet automne, un film de 70 minutes sur le Tour de Fête sera diffusé sur France 2.

 

Aimer le Tour de France, c’est comme aller au bout de ses rêves.  Sur un vélo, par les livres ou tout simplement au bord d’une route. C’est une passion à partager, une histoire à protéger, un bonheur à transmettre.

 

 

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