Pierre-Yves Le Borgn'

député des Français de l'étranger

circonscription Allemagne, Europe centrale et orientale

Mon parcours

La cathédrale Saint-Corentin à Quimper

Je suis un Breton de Quimper, né en fin de matinée le 4 novembre 1964 à la Clinique du Sacré-Coeur. Il faisait beau ce mercredi-là. Prévenu par le Proviseur de son lycée, mon père dévalait les rues tortueuses de la ville pour arriver à temps à la maternité. Il faut dire que, dès les premiers signes annonciateurs, j’avais pris un peu d’avance sur lui, le devançant d’ailleurs sur le fil, pressé sans doute de découvrir le monde. Le peuple américain avait réélu la veille Lyndon Johnson à la Présidence des Etats-Unis. Rassurez-vous : aucun lien de cause à effet entre le bonheur démocrate à Washington et celui de mes parents à Quimper! Juste la surprise, de longues années après, de lire le numéro du 4 novembre 1964 du Télégramme de Brest et d’y découvrir en première page les résultats d’une belle élection, certainement plus enthousiasmants que la photo en page 2 d’une voiture contre un platane sur la route de Châteaulin…

L’enfance

Quimper a été ma ville d’enfance. Elle reste la ville de mon cœur. Je suis allé à l’école de Kervilien, puis au Collège La Tour d’Auvergne et au Lycée Brizeux. Avec mes parents et ma sœur, nous avons habité dans le centre de la ville, puis déménagé à Ergué-Gabéric, une petite commune à proximité. Ma mère était institutrice. Mon père enseignait les sciences naturelles. L’école laïque, l’école de la République, celle qui a tant fait pour émanciper des générations entières, était au cœur de nos vies. Qu’aurait été notre famille sans elle ? Mes parents venaient de milieux modestes, cheminots pour ma mère, boulangers pour mon père. Mes arrières grands-parents étaient des ouvriers agricoles. Passant à proximité du Musée de l’Ecole Publique de Trégarvan, près de Quimper, je pense souvent à leur histoire, notre histoire, celle de millions de Français auxquels l’école a permis de grimper.

Enfance heureuse, avec des parents attentifs et des grand-mères aimantes. Il y avait les livres, les promenades toutes les saisons au bord de la mer, mon vélo et les matchs du Stade Quimpérois, ceux que je jouais en football à 7 et ceux auxquels j’assistais, fier de nos couleurs « gwenn ha du » (noir et blanc en breton), dans les tribunes du stade de Penvillers.

J’épluchais la page sportive du Télégramme de Brest, convaincu que je deviendrais journaliste sportif, couvrant un jour ce Tour de France que je suivais avec passion tous les étés à la télévision. Haletant dans les petites bosses bretonnes, les mains en haut des cocottes de frein, j’avais compris très tôt que je ne porterai jamais le maillot jaune et que si je voulais faire de ma passion du sport un projet de vie, je devrais saisir la plume ou le micro plutôt que le guidon. Toutes les fins de mois d’août, j’assistais, les yeux écarquillés, au Circuit de l’Aulne, un critérium où se pressaient les stars cyclistes de l’époque, les Merckx, de Vlaeminck, Thévenet et plus tard Hinault.

De carte de journaliste, il n’y en a finalement jamais eu. Non que je n’eus tenté ma chance, travaillant chaque été de ma vie étudiante comme localier pour le Télégramme dans le canton de Fouesnant. Je réussirai même plus tard le concours d’entrée au Centre de Formation des Journalistes de Paris. Un autre centre d’intérêt était apparu à l’adolescence, tournant autour du droit et de la chose publique. Je me faufilais à la mairie, un petit calepin à la main, les soirs enfiévrés de dépouillement pour vivre les résultats des élections.

Mes parents étaient militants. J’adorais les débats télévisés. J’avais appris à imiter Giscard. Marchais me faisait rire et Mitterrand rêver. Nous collions des affiches. J’avais le petit seau de colle et les affichettes, celles qui allaient sur les poteaux. Nous partions vers minuit et nous cachions parfois derrière un transformateur électrique pour voir passer la droite. J’adorais coller la tête de François Mitterrand sur celle de Giscard.

Les années d’études

Comme pour tant d’autres, le 10 mai 1981 a été un tournant pour moi. A 16 ans, j’avais l’âge de comprendre le changement qui s’engageait. Changer la vie ! Le mur de l’argent, la fuite des capitaux, la relance par la consommation, la décentralisation, puis la rigueur et finalement la difficulté toujours ressentie d’ancrer l’action de la gauche dans la durée, au contact du réel, au plus près des faits certes, mais parfois plus loin de l’idéal aussi. Je suivais cela avec intérêt, depuis la faculté de droit de Nantes où je m’étais inscrit en 1982. Pourquoi Nantes ? Parce que la ville comptait alors un club de football champion de France, qui pratiquait un jeu collectif formidable et que je brûlais de voir en Coupe d’Europe. Sauf qu’il fut éliminé au premier tour avant toutes mes rentrées universitaires… Pas de Coupe d’Europe, plus de journalisme sportif, le pli du droit était pris et me mènerait ailleurs, après deux succès inattendus au Concours Général de Science Politique en 1984 et 1985.

A l’été 1985, licence en droit en poche, je décidais me présenter à l’examen d’entrée à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris. J’intégrais la section service public et bachotais sans relâche, vivant à la résidence universitaire de Nanterre. Vint le diplôme en juin 1987. J’avais longtemps voulu passer le concours de l’ENA, rêvant d’une carrière préfectorale. Je n’en étais plus très sûr, une fois le diplôme acquis. J’avais beaucoup appris à Sciences-Po, mais je n’y avais pas été heureux. Je m’y sentais seul, renvoyé à ma condition de provincial par certaines attitudes. J’y rencontrais une barrière de classes et me savais d’ailleurs. Fréquentant un petit club proche de Jacques Delors et animé par un jeune maître de conférence de Sciences-Po nommé François Hollande, j’entendais parler du Collège d’Europe à Bruges et décidais d’y tenter l’admission. L’Europe était déjà pour moi une vive conviction.

Dans les mois précédant mon départ pour Bruges, je suivais les cours de préparation à l’ENA. J’allais au cinéma, je lisais, j’assistais à des réunions politiques. Nous approchions de la fin du premier septennat de François Mitterrand et bien qu’intéressé par la pré-campagne présidentielle de Michel Rocard, j’espérais que le Président se représente. C’est ainsi que je tombais un jour sur un grand escogriffe sympathique et charismatique, Arnaud Montebourg. Il visait le barreau. L’appel «Avec François Mitterrand » de Sciences-Po était lancé. Nous tenions des réunions, allions aux meetings du Président. Je me souviens encore de mon émotion lorsque je passais pour la première fois la porte du siège du PS, rue de Solférino, pour y chercher des affiches de campagne…



Adhésion au PS

Le Président réélu, tout m’encourageait à adhérer au PS. J’avais 23 ans. Bizarrement, ce saut m’avait toujours un peu intimidé. C’est mon père, adhérent de la section d’Ergué-Gabéric, qui m’offrait finalement ma première carte. Nous étions en juin 1988. Rentré à Quimper pour retrouver mes remplacements d’été au Télégramme de Brest, je faisais le soir la campagne de Bernard Poignant, qui allait être élu député de la 1ère circonscription du Finistère. Je vivais mes premiers mois de militant socialiste, découvrant l’histoire du Parti, prenant mes marques en section, écoutant l’expérience et les conseils des adhérents chevronnés, des anciens dont je comprendrais plus tard combien le message et les encouragements m’ont été précieux.

Collège de Bruges

Je débarquais à Bruges en septembre 1988 parmi 204 étudiants venus de toute l’Europe de l’ouest. Le mur de Berlin n’était pas encore tombé ! Le brassage culturel et académique du Collège d’Europe fut pour moi une révélation. Je me faisais des amis pour la vie. Je me prenais de passion pour le droit européen, passant des heures en bibliothèque. Bruges me fascinait par sa beauté, surtout durant les mois d’hiver, et par son histoire. J’allais au hasard des rues avec mon fidèle Nikon, finissant même un soir enfermé par les nonnes au Béguinage pour avoir trop longtemps attendu la lumière idéale pour mes clichés! J’envisageais un moment de rester à Bruges comme assistant, projet empêché par la nécessité de partir au service militaire. Je concluais mes études par une thèse de Master sur le droit européen des conventions collectives.

Le temps de l’armée m’avait rattrapé. Je choisissais la voie de la coopération, convaincu d’atterrir dans une Ambassade en Afrique. Ce fut finalement le secteur privé à Los Angeles. J’en étais le premier surpris, n’ayant aucune connaissance du monde commercial. Vivre comme coopérant à Los Angeles en 1990 et 1991 n’était pas simple. Désargenté, je galérais beaucoup. Je circulais en bus (celui-là même qui explose dans « Speed » !) et à vélo, chose peu recommandée à LA, qui me vaudra d’ailleurs de me faire renverser par une Porsche dont le conducteur me jeta sa carte de visite avant de poursuivre son chemin… La société pour laquelle je travaillais n’allait pas bien. Nous étions au four et au moulin. Je faisais les comptes, assurais les livraisons au volant d’un camion, vendais des raquettes de tennis aux riches clients de Beverly Hills. L’adversité crée aussi des liens. J’aimais mes collègues et ma vie américaine, rude mais instructive.

L’arrivée à la FFE

J’avais fini par transférer mon adhésion de la Fédération du Finistère du PS à celle des Français à l’Etranger. Internet n’existait pas encore et j’étais un adhérent vraiment très isolé. Un jour, lassé par cette solitude militante, je demandais à Elisabeth Burg, la permanente de la FFE, si un autre adhérent n’habitait pas par hasard la côte ouest. C’est ainsi que mon chemin allait croiser celui de Claude Girault, installé entre Los Angeles et San Diego. Claude, devenu depuis un ami cher, se préparait à affronter le suffrage universel aux élections au Conseil Supérieur des Français de l’Etranger. Je lui prêtais un coup de main. Avec lui, je rencontrais l’ADFE. Sans le savoir alors, ces mois-là me mettaient le pied à l’étrier pour les années à venir.

De retour en Europe au début 1992, je trouvais un stage à la Cour de Justice des Communautés Européennes, rejoignant pour une année la section de Luxembourg. Quel bonheur après deux ans sans débat ! 1992 était une année sénatoriale. Je faisais la connaissance de Monique Cerisier-ben Guiga à la gare de Luxembourg. Nous en sourions encore aujourd’hui. Je dénichais ensuite un job à Bruxelles dans le secteur juridique. Je rejoignais les sections de Bruxelles du PS et de l’ADFE. J’entrais au Conseil Fédéral de la FFE et au Conseil d’Administration de l’ADFE en 1994. En juin 1994, ma candidature aux élections européennes était retenue et je figurais ainsi à la 72ème place de la liste PS conduite par Michel Rocard. Une fierté, mais aussi un piteux résultat électoral.

Cette candidature européenne m’avait donné envie de prendre davantage de responsabilités au sein de la FFE. Je serai élu au Bureau Fédéral de la FFE en 1997, dans l’équipe dirigée par Richard Yung, et prendrai la même année la présidence de l’ADFE Belgique. Au Bureau Fédéral, j’ai été en charge successivement des élections, de la vie des sections et du projet. Autant de sujets qui m’ont permis de connaître profondément le débat politique à l’étranger. J’ai écrit le projet fédéral « Solidaires pour demain » en 2001.

Mon expérience d’élu au Conseil Supérieur des Français de l’Etranger (devenu Assemblée des Français de l’Etranger) à compter de juin 2000 m’a aussi beaucoup appris. Sur l’action sociale, les politiques de solidarité, le droit de la famille, la fiscalité, la représentation, il y a tant à faire. Les Français de l’étranger ne sont pas en exil de la vie politique, mais en son cœur. C’est à ce titre que j’ai très tôt fait mien le combat pour la création de sièges de députés des Français de l’étranger.

Avec DSK et les élus du groupe FdM-ADFE à l'Assemblée des Français de l'Etranger (2005)

Premier Fédéral

En 2003, j’ai été élu Premier Secrétaire Fédéral. J’ai repensé, non sans émotion le soir de mon élection, à mes premières années d’apprentissage politique, aux conseils que les anciens de la section d’Ergué-Gabéric m’avaient donné, à ces soirées électorales quand je regardais les dépouillements se dérouler. Je me suis senti dépositaire d’une histoire et d’une responsabilité. C’est un honneur de diriger une Fédération du Parti Socialiste et de s’inscrire dans une histoire désormais séculaire pour la justice, la solidarité et la paix. 7 ans après, alors que j’approche de la fin de mon troisième et dernier mandat, ce sentiment ne m’a jamais abandonné. Servir, fédérer, agir, c’est la ligne que je me suis fixée et tiendrai jusqu’au dernier jour.

Avec Dolores

A Bruxelles, j’ai construit ma vie d’adulte et rencontré Dolores,mon épouse espagnole … dans un cours du soir de portugais.Andalouse de naissance et galicienne d’enfance, elle porte en elle toutes les facettes et les merveilles de son pays. Elle accepte tant bien que mal mon « portugnol », mais veille à ce que je fasse des progrès dans la langue de Cervantes après avoir appris celle de Camoes. Dolores était aussi passée par Bruges, mais bien des années après moi. Nous nous sommes mariés l’an passé. La Maison Communale d’Ixelles avait fait appel à un pianiste facétieux qui a joué nos hymnes respectifs, mais aussi Douce France, Carmen et l’Internationale. En août 2011, notre petit Marcos est né, qui nous remplit de joie chaque jour par ses sourires et premières espiègleries.

J’ai travaillé toutes ces années pour plusieurs sociétés successives, toujours dans le secteur juridique et parfois aussi dans la communication. En 2006, juste après le tournant de la quarantaine, j’ai quitté le secteur chimique au sein duquel j’étais depuis des années pour partir à l’aventure dans le secteur des énergies renouvelables. C’était un rêve pour moi depuis les manifestations contre la centrale nucléaire de Plogoff en 1980. J’ai rejoint une petite start up américaine de l’industrie solaire qui se lançait. Le pari était risqué. Nous l’avons gagné. La start up est devenue grande et fait partie désormais des leaders mondiaux des fabricants de panneaux solaires.  D’un peu moins de 400 salariés dans le monde à mon arrivée, nous en sommes désormais à plus de 6 000.

J’ai pris peu à peu de plus grandes responsabilités dans cette société, qui m’ont progressivement écarté de Belgique, me conduisant au siège de la société à Mayence, à l’usine de Francfort/Oder (où nous avons créé 1 200 emplois) et aussi sur quelques marchés européens. Je suis passé de la section de Bruxelles du PS à celle de Berlin. J’ai démissionné en 2009 de mon mandat d’élu à l’Assemblée des Français de l’Etranger, pour lequel j’avais été réélu à la tête d’une liste d’union de la gauche en 2006. Il faut savoir passer le témoin. Le 9 décembre 2010, les militants de la 7ème circonscription des Français de l’étranger m’ont choisi pour porter les couleurs du PS aux élections législatives de juin 2012. Et Europe Ecologie Les Verts m’a accordé son soutien dès le premier tour en décembre 2011. Un autre épisode s’ouvre, incertain, passionnant.

Militant je suis, militant je reste, 47 ans après le 4 novembre 1964, près d’un quart de siècle après mon entrée au Parti Socialiste. Le temps passe, l’expérience vient, l’enthousiasme demeure. L’histoire est toujours à écrire.