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Mois : juillet 2019

Les chemins de mon enfance

Voilà une semaine que je suis arrivé en Bretagne. C’est le temps de l’été, mais pas encore celui des vacances. Il me reste des rendez-vous entre Quimper et Brest avant de voir venir le repos dans les premiers jours d’août. J’ai retrouvé la maison de mes parents et la chambre de mes jeunes années. Il y a mes livres, mes souvenirs, mes photos. Il y a aussi Internet en plus. Dans la journée, je cours les réunions et le soir, avant de relire mes notes et d’écrire mes rapports, je file jusqu’à la mer chercher au bord de l’eau, puis dans l’eau la fraicheur, le réconfort et finalement le bonheur des beaux jours. De la plage, je regarde au loin. Comme avant, au-delà de l’archipel des Glénan et de chacune de ses îles. Ces moments-là sont privilégiés. Je crois bien qu’ils me manquaient. Je suis seul à la maison, comme au temps des étés que je passais, jeune journaliste au Télégramme de Brest, des étés passionnants et formateurs, des étés lointains aussi.

J’aime l’été breton, la puissance du ciel et la douceur du vent. J’avais besoin de revivre tout cela. Longtemps, mon monde d’enfant se partagea entre les rivages de Loctudy en juillet et les hauteurs de Quimerc’h en août. En juillet, l’été était neuf, trépidant et joyeux. En août, il devenait mature, tranquille et heureux. A Loctudy, je n’en revenais pas que l’été soit déjà là et je me pinçais presque pour pouvoir y croire. A Quimerc’h, je me réjouissais qu’il dure et j’espérais que le temps s’écoule très doucement. Ces moments avaient pour chacun d’entre eux leurs couleurs et leurs saveurs. J’attendais chaque année de retrouver la blondeur des blés, le bleu profond du ciel et les fleurs vives des champs. J’avais mes petits coins favoris, que je gagnais à vélo. Des virages familiers, des bosquets, des massifs d’hortensias, des bouquets de bruyères, des lieux-dits, une fontaine, une petite chapelle, un coin de plage. C’était les chemins de mon enfance.

Cette semaine, j’ai eu envie de les reprendre, ces chemins. Alors je suis sorti de l’autoroute après mes rendez-vous et j’ai roulé vers mes souvenirs. J’ai garé ma voiture et je suis parti à pied. Heureux, le cœur battant. J’ai retrouvé tant de choses. J’ai marché le long de l’eau, reconnaissant les rochers et les pointes. J’ai gravi les collines et les sentiers où tant s’était écrit. C’est de l’émotion, bien sûr. Est-ce aussi de la nostalgie ? Sans doute un peu, mais c’est avant tout une force. Tous ces chemins, arpentés si longtemps, arpentés dans mon cœur depuis lors, m’ont construit car ils m’inspiraient. Une belle part de moi s’y trouve toujours. Je suis de là. C’est mon histoire. « Etre né quelque part », chantait Maxime Le Forestier. Rien n’est plus juste et vrai. Je me suis empli l’esprit de ces paysages de nouveau familiers, comme si je reprenais au cœur de l’été une conversation jamais vraiment interrompue. Le temps n’a pas de prise sur les chemins de l’enfance.

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Et Pablo devint Api

Le 17 juillet 2013 avec Pablo

Il devait être vers 19 heures 30 ce mardi 16 juillet 2013. J’étais dans la salle Lamartine, au premier sous-sol du 101, rue de l’Université. Une salle fonctionnelle, à la climatisation redoutable en été. Et nous étions en été. Le travail de la commission Cahuzac avançait. Nous auditionnions le Ministre de l’Economie Pierre Moscovici. Il nous restait plusieurs réunions encore avant d’apercevoir, en fin de mois de juillet, des vacances parlementaires très attendues. J’étais inscrit pour poser une question au Ministre, attendant sagement mon tour. Dans la pénombre de la salle, l’écran de mon portable s’alluma soudainement. C’était un court SMS de mon épouse Dolores, qui m’écrivait ceci: «Premières contractions. Nous partons à l’hôpital». Branle-bas de combat! S’ils (Dolores et ses parents) filaient à l’hôpital, je devais derechef prendre le chemin de la Gare du Nord pour rejoindre Bruxelles.

Je griffonnais à la hâte un mot à destination du président de la commission, mon collègue Charles de Courson, expliquant qu’il me fallait partir pour cause de naissance imminente. Je revois encore les yeux ronds de Charles de Courson, découvrant le contenu du message que venait de lui porter l’huissier. Pierre Moscovici achevait son propos. Charles de Courson intervint aussitôt: «Je passe la parole tout de suite pour sa question à notre collègue Pierre-Yves Le Borgn’, qu’un évènement familial va ensuite conduire à nous quitter rapidement». Comme cela, chacun de mes collègues présents apprit que je m’apprêtais à devenir papa. Je posais ma question tant bien que mal, distrait, ému et surtout pressé de m’en aller. Mais il me fallait encore, par correction, écouter la réponse que Pierre Moscovici me ferait. Quelques minutes plus tard, j’étais libre.

Le temps de récupérer ma petite valise dans mon bureau, je remontais à fond la rue de Lille en direction de la station de RER du Musée d’Orsay. J’imaginais, courant aussi vite que possible, ce que la vie serait à quatre. Un petit frère arrivait pour Marcos, qui allait sur ses 2 ans. Las, la station était fermée durant l’été pour cause de travaux. L’angoisse commença à m’envahir. Dans une quarantaine de minutes, le dernier Thalys pour Bruxelles de la journée quitterait Paris. Un taxi passa dans la rue de Lille. Je me mis au milieu de la route pour être sûr qu’il ne me rate pas. Il prit le chemin de la gare du Nord pour tomber, de l’autre côté de la Seine, dans un immense encombrement. C’était l’inauguration de Paris-Plage! Mon angoisse redoubla. Finalement, arrivant à la gare quelques minutes tout juste avant le départ du train, je pus sauter dans le wagon après une dernière course, ventre à terre, sur le quai.

Deux heures après, j’étais à la maternité. Dolores était soulagée que je sois arrivé. Pablo s’annonçait. Nous avions déjà choisi son prénom depuis quelques jours. Son second prénom serait Vonig (petit Yves), pour marquer ses origines bretonnes. Tout était prêt: son pyjama et son bonnet l’attendaient dans la salle d’accouchement. La nuit s’écoula peu à peu. Aux premières heures du jour, le petit bonhomme montra enfin son bout du nez. Un beau bébé de 3,6 kg et 50 cm, à la voix déjà bien affirmée! La maman était fourbue et heureuse. Il restait à présenter Pablo à son frère. La première rencontre eut lieu dans la matinée. Marcos arriva avec ses grands-parents, timide et intrigué. Il ne parlait pas beaucoup encore. «Voici Pablo», lui dit Dolores. Se penchant sur le berceau, Marcos murmura: «Api». Pablo, c’était encore trop dur à prononcer. Et c’est ainsi que Pablo devint Api.

C’était il y a 6 ans aujourd’hui. Pablo (Api) est un petit garçon espiègle et joyeux, qui s’apprête à apprendre à lire. Il fête son anniversaire à La Corogne avec la famille. Après lui est venue Mariana, sa petite sœur, à la fin 2014. Nous avons 3 enfants. Pablo a croisé en mai 2016 la route de Charles de Courson. C’était à la commémoration du centenaire de la bataille de Verdun. J’avais emmené tout le monde avec moi. Charles se trouvait près de nous dans la tribune officielle. J’avais présenté Pablo, lui rappelant la soirée du 16 juillet 2013 dans la salle Lamartine et mon départ précipité. Nous en avions ri. Ce centenaire de Verdun restera un beau souvenir pour Pablo qui, juché sur une chaise à côté de ma collègue députée Chaynesse Khirouni, apparut en gros plan à la télévision, comme un hommage de la première jeunesse aux soldats que nous honorions.

Le temps passe si vite. L’enfance s’écoule, heureuse. Je mesure notre chance. C’est le temps des jeux, le temps du vélo. Enlever les petites roues et s’en aller tout seul, sans peur de tomber, c’était il y a quelques semaines. Et puis il y a le foot. Pablo aime son ballon et il se débrouille bien. Côté tir et conduite de balle, on y est déjà. Il faudra que je lui trouve un club. Pour moi, il reste Api, le petit bonhomme du 17 juillet 2013. Il y a des enfants qui ressemblent sacrément à leur surnom. C’est son cas. C’est quoi, un Api? C’est un garçonnet plein d’énergie et de caractère, qui court partout, qui joue beaucoup et qui est une boule d’affection. Si le foot lui plaît tant et qu’un jour, il endosse un maillot, celui-ci sera certainement floqué «Api» au dos. Ce sera lui. Ce jour-là, vieux papa, je serai dans les tribunes, petites ou grandes, fier comme tout et surtout heureux qu’il soit heureux.

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En Andorre, pour la justice constitutionnelle et l’Etat de droit

Au Tribunal constitutionnel à Andorra la Vella, devant la Constitution andorrane

J’ai participé hier en Andorre à un colloque organisé par le Tribunal constitutionnel de la Principauté à l’occasion des 60 ans de la Convention européenne des droits de l’homme. Le thème choisi était «Retour vers le passé, analyse du présent, réflexions sur le futur». Je me suis exprimé sur le dialogue institutionnel entre l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) et les Parlements nationaux. Ce dialogue m’est cher. Je l’ai pratiqué durant des années comme député français et membre de l’APCE. Son renforcement faisait partie des recommandations que j’avais développées à l’appui de mon rapport à Strasbourg sur la mise en œuvre des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme en 2017. Devant les participants au colloque, j’ai souligné combien il m’apparait essentiel pour les parlementaires nationaux de s’emparer de la question de la mise en œuvre des arrêts dans leurs pays respectifs.

Pourquoi? Parce que la vie parlementaire est l’expression de la citoyenneté et que la Convention européenne des droits de l’homme autorise 820 millions de citoyens à saisir la Cour pour faire condamner un Etat partie à la Convention en vertu de la primauté des droits de l’individu. L’obligation de mettre en œuvre la jurisprudence des cours internationales ne peut échapper au contrôle attentif du Parlement. Or, la pratique montre malheureusement que, dans certains pays, l’œil attentif des parlementaires n’est pas toujours bienvenu des exécutifs. J’ai pu le vivre en France, notamment sur les droits des enfants nés à l’étranger de gestation pour autrui à la suite des arrêts Mennesson et Labassée de 2014. Cela m’avait conduit à présenter – sans succès – en 2016 une proposition de loi constitutionnelle obligeant le gouvernement à présenter tous les 6 mois au Parlement un rapport sur la mise en œuvre des arrêts, suivi d’un débat.

Pourtant, c’est bien au Parlement que revient la responsabilité de modifier le cadre législatif à la faveur d’un arrêt de la Cour et il doit pouvoir apprécier souverainement les mesures à prendre. Il ne peut être une chambre d’enregistrement. Tout membre de l’APCE doit être un militant de la mise en œuvre des arrêts de la Cour au sein de son Parlement national. Cela requiert de suivre de près les travaux du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe à Strasbourg, d’interroger le gouvernement, de mobiliser les autres élus et de rendre compte publiquement des activités entreprises. Car une forme de Realpolitik contraint souvent les questions relatives à la mise en œuvre par les Etats. Dans cette tâche, il faut vouloir assumer une liberté de ton et d’action. Ce n’est pas toujours aisé ni compris des groupes parlementaires car ce combat-là exige de se projeter loin des contingences partisanes et parfois du seul intérêt national.

J’ai beaucoup apprécié l’échange avec les intervenants au colloque, en particulier avec l’ancien Ministre Josep Dalleres Codina, qui fut également Ambassadeur d’Andorre auprès du Conseil de l’Europe. Monsieur Dalleres Coina a souligné le rôle fondateur d’un arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme (Drozd et Janousek c. France et Espagne) pour la reconnaissance internationale de l’Etat andorran. La Principauté est certes ancienne, mais l’Etat andorran est jeune. Sa Constitution a été adoptée en 1993, ouvrant la voie à l’adhésion du pays à l’ONU. C’est en 1996 qu’il a ratifié la Convention européenne des droits de l’homme. Comment définir Andorre? Comme un Etat pyrénéen, avec les montagnes mais aussi les traditions juridiques françaises et espagnoles en biens communs. La Constitution andorrane fait une large place au droit international et la Convention européenne des droits de l’homme occupe une position privilégiée dans la jurisprudence du Tribunal constitutionnel.

Cette construction de l’Etat de droit empruntant aux traditions des Etats voisins et au cadre international et européen est hardie et heureuse, d’autant qu’elle s’accomplit dans un temps resserré. 30 ans, c’est court en effet et c’est à ce titre impressionnant. C’est plus qu’une histoire, c’est un laboratoire du droit qu’il faut faire connaître au-delà des montagnes. J’ai rencontré les 4 juges au Tribunal constitutionnel. Deux m’étaient familiers par leurs écrits en France: Dominique Rousseau et Laurence Burgogne-Larsen, éminents professeurs de droit public. Dominique Rousseau est l’actuel Président du Tribunal. Les juges sont nommés pour un mandat de 8 ans: deux d’entre eux le sont par les co-princes (le Président de la République française et l’évêque de Urgel, chefs de l’Etat andorran), deux le sont par le Conseil général (le Parlement de la Principauté). Le Tribunal siège tous les mois, à deux pas du Parlement. Il rend environ 70 arrêts par an.

Au moment où les cours internationales, à commencer par la Cour européenne des droits de l’homme, sont au centre de nombreuses critiques, contestées de toute part jusqu’à être accusées de concourir à la dissolution des identités nationales et à la crise des démocraties, la pratique andorrane de la justice constitutionnelle est un remarquable contre-exemple. Le colloque d’hier a permis de rappeler avec force que l’action législative doit s’inscrire dans le respect scrupuleux de normes supérieures, constitutions et conventions internationales, dont les principes et droits essentiels sont issus de luttes politiques et sociales fondatrices. Il ne peut en être autrement, sauf à accepter que l’arbitraire ait in fine sa place en démocratie. Je ne peux m’y résoudre. Remettre en cause la Convention européenne des droits de l’homme et la jurisprudence de la Cour, saper à dessein leur légitimité, c’est mettre en péril nos sociétés et leur avenir.

Au lendemain de ces échanges passionnants, j’en viens finalement à regretter d’avoir attendu si longtemps pour faire une première visite en Andorre. Il y en aura d’autres, assurément. J’essaierai, la prochaine fois, de faire mieux que ma modeste introduction de discours en catalan hier. Obviament, tinc progres per fer! C’était, là aussi, une première pour moi. Merci à Laurence Burgorgue-Larsen de m’avoir invité, merci à Meritxell Tomas et au secrétariat-général du Tribunal constitutionnel pour leur soutien. Et merci aussi à l’Ambassadrice de France Jocelyne Caballero pour son accueil à la fête du 14 juillet, célébrée avec un peu d’avance avec les autorités andorranes et la communauté française. Madame Caballero était l’Ambassadrice, représentante permanente de la France auprès du Conseil de l’Europe avant de prendre ses fonctions en Andorre. J’ai eu plaisir à la retrouver, après nos années de débats passionnés à Strasbourg. Le monde, finalement, est petit et c’est heureux.

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Le Tour de France est ma madeleine de Proust

Au pied du plan incliné de Ronquières, la première échappée du Tour 2019

Hier, le Tour de France s’est élancé de Bruxelles. Je suis allé le voir passer près du plan incliné de Ronquières, au bord du canal de Bruxelles-Charleroi, l’une de mes sorties à vélo préférées entre Brabant et Hainaut. J’adore le Tour de France. Je me demande même ce que ma vie aurait été sans lui. Sans doute est-ce un peu étrange d’écrire cela, mais le Tour de France a pour moi cette part de magie que possède Noël. C’est de l’ordre de l’émerveillement et du mystère. A part que Noël dure une journée et que le Tour – bonheur ultime – dure 3 semaines ! Je ne sais à quoi cela tient. A beaucoup de choses sans doute. Aux récits passionnés de mon père et de ma grand-mère, contant les exploits des champions des années 1950, lorsque la télévision était balbutiante et que la légende s’écrivait autour d’un poste de radio. A mes propres émotions sur le bord des routes, petit enfant voyant passer, des étoiles plein les yeux, ces Merckx, Thévenet et Ocana que je regardais, pétri d’admiration, sur les photos en papier glacé des numéros du Miroir du Cyclisme empilés dans le salon de coiffure de village de ma grand-mère. Et enfin à ma passion pour le peuple du vélo, les gens qui pédalent, les gens qui se donnent rendez-vous au coin des chemins pour vibrer au rythme des courses, un monde populaire, un monde joyeux et simple, un monde dont je suis.

Est-ce le Tour qui annonce l’été ou l’été qui annonce le Tour ? Je pense que c’est les deux. Aussi longtemps que je puisse me souvenir, le Tour a pour moi les couleurs des beaux jours, l’odeur des foins et ce sentiment fugace de liberté que procurait la fin des classes. L’école s’éloignait, le Tour arrivait. Je découpais la carte des étapes et la liste des engagés dans le journal et les collais sur la porte de notre caravane. L’été pouvait commencer et les vacances avec lui. Chaque jour, je dévorais Le Télégramme de Brest et Ouest-France, les deux quotidiens bretons, à la recherche des anecdotes et de tous les classements. C’est le Tour qui m’a appris la géographie des cols des montagnes françaises. Jusqu’à leur altitude (et leur catégorie). Toutes les heures, sur un transistor grésillant, j’attendais le flash d’information donnant les nouvelles de «la route du Tour», sponsorisées par «Urgo est plein de trous». Car les directs somptueux d’aujourd’hui à la télévision n’existaient pas. La prise d’antenne n’intervenait au mieux qu’à une ou deux heures de l’arrivée. Je prenais mon mal en patience. J’écoutais les récits homériques des radio-reporters racontant l’ascension d’une modeste côte de 4ème catégorie comme s’il s’était agi de l’Izoard ou du Tourmalet. Puis je filais avec mon père sur ma petite reine partager les images de l’arrivée chez un vieil oncle que j’adorais et dont le vélo, aussi, était toute la vie.

Tout cela a un irrésistible parfum d’enfance. Le Tour est ma madeleine de Proust. J’étais fasciné par les maillots colorés de mes champions, l’orange et le noir de Molteni et de Merckx, le bleu dégradé de Gan-Mercier et de Poulidor, l’orange de Bic et d’Ocana, le bleu clair de la Bianchi et de Gimondi, le damier noir et blanc de Peugeot et de Thévenet. Et bien sûr le jaune de celui qui, dominant les montagnes et les plaines, irait cueillir la victoire à Paris en fin de mois de juillet. J’ai au fond de mon armoire un maillot jaune, un vrai. Il m’a été offert en juin 2014 par le patron du Tour de France, Christian Prudhomme, à l’occasion d’une course de professionnels organisée à Sarajevo. J’avais fait une quinzaine de kilomètres dans le peloton avec les pros, recouvert de cette tunique. Il y avait aussi Jean-Yves Le Drian, vêtu de jaune également, et l’Ambassadeur de France, champion de France militaire de cyclisme. J’en garde un souvenir ébloui. Pourtant, je n’ai plus jamais osé remettre mon maillot depuis. Car le jaune est l’expression d’épopées formidables, insensées, mythiques … que je n’ai jamais accomplies. Le porter serait de l’ordre du blasphème. Le regarder suffit à mon bonheur. Durant mon mandat de député, j’ai rencontré Bernard Thévenet. Nous avions parlé de ses exploits. J’étais émerveillé. Quelque temps après, je m’étais retrouvé assis près d’Eddy Merckx dans un aéroport. Je crevais d’envie de lui dire mon admiration. Je n’avais pas osé.

Le Tour, c’est tout cela, c’est un truc que l’on attrape petit et qui ne s’en va plus, c’est une passion pour la vie. Le temps a passé. Mon père n’est plus là. Il me manque. Aujourd’hui encore, je ne peux vivre une étape du Tour sans penser à lui, à ce qu’il dirait, au bonheur que ces moments lui procureraient, aux échanges que nous aurions sûrement. Pourquoi untel n’attaque donc pas maintenant ? Attention aux virages ! Mais qu’est-ce que c’est que cette course d’équipe ! Mon père aimait les courses instinctives, les coureurs qui mêlaient le talent et la générosité, les types qui pédalaient sans trop calculer, en un mot les champions populaires. Moi aussi. Il empilait des tas de magazines, notait les temps de passage lors des contre-la-montre dans la marge de ses journaux et faisait ses propres pointages chronométriques à partir des images de la télévision. Je ne suis pas loin de cela également. Le cyclisme contemporain est sans doute plus rationnel, plus scientifique, plus inquiétant aussi (le dopage a fait tant de mal au vélo), mais la passion reste la plus forte. La magie du Tour également. Du bonheur pour 3 semaines, le plus grand évènement sportif gratuit du monde. Le Tour est un partage. Et un brassage aussi. Suivre le Tour, c’est faire société. Hier, sur le passage des champions, il faisait beau. Le soleil brillait. L’été est là. Le Tour peut commencer.

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