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Pierre-Yves Le Borgn' Posts

Sur les chemins des cantons de l’Est

Sur les hauteurs de Schönberg, mai 2019

Le mois passé, je suis allé pédaler dans les cantons de l’Est. Depuis une première visite il y a une quinzaine d’années, je me suis pris de passion pour cette partie méconnue de la Belgique, paradis des randonneurs et des cyclotouristes. J’ai besoin d’y aller 3 ou 4 fois par an, au rythme des saisons, pour voir la nature changer et goûter la beauté de ces espaces entre l’Eifel et l’Ardenne, aujourd’hui belges et autrefois allemands. D’Eupen à Malmédy, de Raeren à Saint-Vith, de Butgenbach à Burg-Reuland, les distances ne sont pas grandes. Mais il y a les forêts, les vallons, les tourbières et les landes, une succession de paysages différents et grandioses, qui démentent l’idée que la Belgique est un plat pays. Le mollet peut en témoigner : marcher ou pédaler dans les cantons de l’Est est exigeant. On en revient heureux, le plein de chlorophylle fait, mais un peu fourbu aussi.

Dans mon lointain livre d’histoire de terminale à Quimper, les cantons de l’Est étaient appelés les «cantons rédimés», étrange expression non-dénuée de bigoterie. Elle signifiait «racheter les pécheurs» et a fort heureusement disparu depuis des expressions officielles. Les cantons apparaissaient dans mon manuel car, territoires allemands, ils furent attribués à la Belgique à l’issue de la Première Guerre Mondiale par le Traité de Versailles afin d’asseoir une défense militaire vers l’est. C’était en 1919. Cela fait donc un siècle que les cantons d’Eupen, de Malmédy et Saint-Vith, leurs 31 communes d’origine et leur quelque 1000 km2 de territoires sont belges, même s’ils furent annexés par l’Allemagne entre 1940 et 1945. En deux siècles, ils furent successivement français, prussiens, belges, allemands et de nouveau belges.

Sans doute est-ce aussi ce brassage culturel et historique qui me touche, au-delà de la force de la nature, dans les cantons de l’Est. C’est la Belgique et on s’y exprime en allemand. J’aime cela en raison de mon prime germanophone. Et aussi parce que c’est un beau symbole de la diversité du pays. Les 31 communes sont aujourd’hui devenues 11 par le fait de fusions. Celles qui composaient les cantons d’Eupen et de Saint-Vith forment la Communauté germanophone de Belgique, avec son Ministre-Président, son gouvernement, son parlement et même son député européen. Les communes des environs de Malmédy appartiennent à la Communauté française de Belgique. Cela me parle parce que je crois à la nécessité d’incarner institutionnellement le fait régional et culturel. Les cantons de l’Est en sont un laboratoire.

J’ai mes coins favoris. Il y a le parc naturel régional des Hautes Fagnes, non loin d’Eupen, un espace naturel remarquable, à près de 700 mètres d’altitude. Tout cela peut apparaître bien relatif, mais cette altitude, on la sent et on la voit aussi dans le paysage. Il y a même quelques pistes de ski de fond. D’ailleurs, et c’est un clin d’œil amusé, une butte de 6 mètres a été construite au Signal de Botrange, le point le plus élevé de la Belgique afin de passer de ses 694 mètres à 700 mètres. D’autres endroits me touchent également, comme le lac de Butgenbach, le village de Manderfeld ou les hauteurs de Schönberg, face à l’Allemagne, où le plateau de l’Eifel s’étend à l’infini. J’aime séjourner dans un merveilleux petit hôtel-restaurant, installé dans un moulin à eau restauré à Weywertz (www.levieuxmoulin.be). C’est un endroit à l’accueil chaleureux, sublime en toutes les saisons.

Les cantons de l’Est sont un paradis pour les cyclotouristes et les amateurs de VTT. Ma dernière sortie en mai était sur les chemins de Burg-Reuland, à la frontière du Luxembourg, vers Schönberg, Saint-Vith et Brach. J’ai enchainé des pentes à 15% et plus. Le parcours était exigeant. Dans la poche de mon maillot, le téléphone bipait à chaque fois que je passais de Belgique en Allemagne et d’Allemagne en Belgique. Mais le plus grand bonheur des cantons de l’Est, sur des chemins plus plats, c’est la Vennbahn (www.vennbahn.eu), l’une des plus belles voies vertes d’Europe, construite sur une ancienne ligne de chemin de fer qui reliait Troisvierges (Luxembourg) et Aix-la-Chapelle (Allemagne). Ce sont 125 kilomètres de piste asphaltée au milieu de superbes paysages, avec des tunnels et des viaducs, entre 3 pays. Les pentes sont douces et le plaisir de pédaler garanti.

Le bonheur d’aimer une région, la nature et de petits coins méconnus, c’est précisément de les faire connaître. C’est l’idée que j’avais en retrouvant mon blog il y a quelques mois : partager. J’espère que ces quelques lignes donneront à celles et ceux qui les liront l’envie d’aller à la découverte des cantons de l’Est, de leurs paysages et d’une nature magnifique, non loin de Bruxelles, de Cologne et de Bonn. En se munissant – saine recommandation – d’une bonne carte pour trouver le chemin en forêt (je parle d’expérience, marchant dans les Hautes Fagnes, je me suis retrouvé en Allemagne) et aussi sur les pistes de VTT (autre expérience, je pédalais vers le Luxembourg et j’ai fini là aussi en Allemagne…). Cela fait des kilomètres, plus parfois que l’on peut l’imaginer, mais il se trouvera toujours, et c’est aussi l’un des plaisirs des cantons de l’Est, un petit restaurant, un café, un lieu accueillant où s’arrêter, reprendre des forces et tout simplement prendre le temps.

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Le foot, le fric et l’Europe

Le stade de Saint-Denis à Quimper, aujourd’hui abandonné et envahi par les herbes folles

Je suis à Madrid pour quelques jours avec ma famille. Pour faire plaisir à mes fils, nous irons visiter le stade Santiago-Bernabeu. Nous y verrons les trophées, les images et les souvenirs de ce club immense, qu’entraine aujourd’hui Zinedine Zidane. Dans les rues, nous commençons à croiser les supporters de Liverpool et de Tottenham, joyeux et parfois aussi un peu enivrés, qui arrivent d’Angleterre pour la finale demain soir de la Ligue des Champions au Wanda Metropolitano, l’autre grand stade de Madrid, antre de l’Atletico. Cette ambiance de veillée d’armes est belle. Elle me rappelle mes jeunes années. Je suis assez vieux pour me souvenir de la finale perdue par les Verts de Saint-Etienne contre le Bayern à Glasgow et de mes larmes d’enfants. Et de l’épopée de Bastia en Coupe de l’UEFA en 1978, comme des exploits de Sochaux, d’Auxerre ou de Nantes. Curieusement, ma nostalgie embrasse davantage de belles équipes finalement défaites que l’OM et le PSG, les deux seuls clubs français victorieux d’une Coupe d’Europe. Je ne sais trop pourquoi, d’autant que l’OM figure haut dans mon Panthéon. Ou plutôt si, je le sais: j’aime tout simplement la glorieuse incertitude du sport.

Si le foot est une passion, il reste aussi un jeu. L’industrialisation du foot me fait peur. L’arrêt Bosman de la Cour de Justice de l’Union européenne, étendant les principes de libre circulation aux footballeurs professionnels, a changé la face du football. Il ne pouvait juridiquement en être autrement. Mais l’histoire n’a plus jamais été la même depuis. Le football professionnel est devenu un monde de mercenaires. L’amour du maillot n’a plus la même valeur qu’auparavant. Je le regrette. Surtout, des clubs légendaires pour leurs centres de formation et qui occupaient en même temps les premières places des championnats nationaux et parfois aussi celles des Coupes d’Europe ont disparu peu à peu des palmarès. Sochaux et Auxerre végètent dans les bas-fonds de la Ligue 2 française. La concentration des richesses sur quelques championnats nationaux en a dévalorisé bien d’autres. L’Ajax d’Amsterdam, qui a tant apporté au football, est désormais condamné à vivre à l’étroit dans le championnat néerlandais et, sitôt une belle saison achevée, à se voir pomper ses jeunes talents par les budgets sans limites du Barça, du Real ou de Manchester City.

Il y a quelques semaines a filtré l’information selon laquelle la puissante Association européenne des clubs (ECA), qui regroupe les clubs de football européens les plus riches, entendait imposer à l’Union des associations européennes de football (UEFA) une réforme des Coupes d’Europe qui transformerait la Ligue des champions en une ligue européenne fermée. A compter de 2024 serait mise en place une organisation qui verrait les 24 meilleures équipes de la compétition précédente être directement qualifiées pour la saison suivante. Seules 4 places nouvelles seraient concédées à des équipes issues des championnats nationaux, après un système de matches de barrage exténuants. Cette réforme, si elle allait au bout (et si, par conséquent, l’UEFA décidait de ne pas s’y opposer) tuerait ni plus ni moins le football et l’esprit du football. Le fossé actuel entre les clubs deviendrait un abyme par l’accroissement des inégalités de revenus liées à la manne des droits TV. Les grands clubs feraient jouer une équipe A en Ligue des champions et une équipe B dans des championnats nationaux dévalorisés. L’écart sportif entre pays d’Europe, entre ouest et est, deviendrait irrémédiable. Et le foot amateur coulerait en silence, privé d’attention, de considération comme de péréquation.

Tout cela est une folie, une fuite en avant insensée au nom d’un seul impératif: le fric. Voir de belles images et de grands matches à la télévision est certes un privilège, je le reconnais. Mais l’avenir du football, seul sport universel, doit-il se résumer aux tiroirs caisses d’une trentaine de clubs riches et à des millions de téléspectateurs confortablement installés dans leurs canapés à travers l’Europe? Ne doit-il pas être d’abord sur les terrains et autour des terrains de nos villes et villages, en Europe et au-delà, dans une logique d’amour du jeu et d’éducation populaire? Car le plaisir du foot commence par des chaussures à crampons chaussées sur un terrain boueux, avec des copines et des copains. Pas par le premier maillot floqué des noms de Neymar, CR7 ou Messi. Les inégalités revendiquées par les clubs les plus riches vendent de redoutables illusions en plus de vendre du rêve. Il est grand temps pour les fédérations nationales de football de reprendre la main et pour l’UEFA de défendre l’esprit du sport. La Juventus de Turin d’Andrea Agnelli, le Président de l’ECA, existera toujours, même sans cette réforme folle. Le Stade Quimpérois, le club de mon enfance, celui de mes premières chaussures à crampons et de mes premiers maillots (« gwen a du », noir et blanc), lui, n’existe plus. Ne laissons pas le fric tuer le foot. Le football doit rester un sport populaire, pour ceux qui l’aiment, pour ceux qui le pratique.

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Elections européennes : le jour d’après

Les résultats des élections européennes des 23-26 mai 2019 marquent incontestablement un tournant dans l’histoire parlementaire de l’Union européenne, qui peut avoir des conséquences quant aux priorités politiques de l’Union pour la mandature qui s’ouvre (2019-2024) et à ses perspectives financières (2021-2027). Des enseignements peuvent également être tirés du vote en France, qui voit le Rassemblement National devancer de peu la République en Marche dans un contexte d’effondrement du parti Les Républicains, de balkanisation de la gauche et de poussée d’Europe Ecologie Les Verts.

Le Parti Populaire Européen (démocratie-chrétienne / centre-droit) et le Parti Socialiste Européen (social-démocratie / centre-gauche) ont perdu la majorité absolue en sièges au Parlement européen qu’ils détenaient ensemble depuis la première élection au suffrage universel direct en 1979. La somme des députés élus sous les bannières des partis membres du PPE et du PSE sera inférieure de plus de 50 sièges à la majorité absolue de 376 sièges. C’est pour ces deux formations un échec cuisant, même si leurs groupes parlementaires resteront en taille les deux premiers dans l’Hémicycle du Parlement européen.

Les réels vainqueurs de ces élections européennes sont l’ALDE (libéraux) et les Verts. Ces deux formations progressent largement en sièges. La perte de la majorité absolue par le PPE et le PSE leur donne un rôle-pivot inédit non seulement pour la désignation du Président de la Commission européenne, mais surtout pour orienter et construire les compromis législatifs et budgétaires permettant de peser dans l’échange avec le Conseil des Ministres. Tout dépendra pour l’ALDE de sa capacité à intégrer les députés de la République en Marche et à attirer certains députés de centre-gauche. Pour les Verts, l’influence se mesurera à la volonté du groupe parlementaire de substituer une logique de construction à une posture de protestation.

Les forces nationalistes et souverainistes ont enregistré des gains significatifs en sièges. Pour autant, le probable départ des députés britanniques cet automne et l’hostilité de principe des partis nationalistes à l’Union européenne priveront ces groupes d’une réelle influence sur la définition des positions politiques du Parlement européen. En vérité, ces sièges gagnés par les nationalistes sont autant de sièges perdus pour le travail parlementaire. Et la leçon majeure à en retirer, c’est que les pays envoyant un gros contingent de députés nationalistes au Parlement européen y verront leur influence de facto réduite. Ce sera le cas notamment de la France, de l’Italie et de la Pologne.

Le Conseil européen se réunira demain à Bruxelles. Le couple franco-allemand s’y présentera affaibli, tant par ses désaccords des derniers mois que par les résultats électoraux calamiteux de la coalition CDU-SPD au pouvoir à Berlin et en-deçà des espérances de la République en Marche en France. Cela rebat les cartes pour la désignation des successeurs de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne et de Donald Tusk à la présidence du Conseil européen. Il sera dur à la Chancelière Angela Merkel d’imposer le Spitzenkandidat du PPE Manfred Weber à la Commission, tout comme à Emmanuel Macron de lui opposer la candidature de Michel Barnier. Cela rend l’hypothèse d’une désignation de la Commissaire libérale danoise Margrethe Verstager possible.

Ce « mercato » des leaders aura des conséquences sur les priorités des institutions européennes et les perspectives financières de l’Union. La force nouvelle de l’ALDE et des Verts au Parlement européen devrait en particulier orienter de manière plus ambitieuse les priorités de l’Union sur le climat et la transition énergétique. Tant mieux. Cet effet pourrait se mesurer aussi avec des réformes de la politique de la concurrence et de la politique agricole commune. Les résultats des élections et l’équilibre en sièges au Parlement européen conduiront certainement à un ralentissement, voire une pause en matière d’accords de libre-échange.

En France, la première place du Rassemblement National retient l’attention. C’est incontestablement un succès pour lui. Il est prévisible cependant qu’il n’en fera rien. Ses députés comme ceux de la mandature précédente voteront par principe contre les propositions législatives européennes. De fait, la réalité du travail parlementaire des députés français tiendra au mieux sur une cinquantaine de sièges, ce qui réduira immanquablement l’influence de la France au sein du Parlement européen. La faiblesse de la représentation française au sein des groupes parlementaires du PPE (8 sièges) et du PSE (6 sièges) y contribuera également.

La seconde place de la République en Marche est un demi-échec. La volonté pro-européenne du Président Macron n’a pas été partagée au-delà d’un socle honorable de près de 23%. Ce socle est dans l’étiage du résultat du candidat Emmanuel Macron au premier tour de l’élection présidentielle. A bien regarder cependant, la réalité est différente. Il est probable en effet que nombre d’électeurs de François Fillon en 2017 aient voté pour la liste de la République en Marche aux élections européennes (comment expliquer sinon l’effondrement de la liste LR à 8% ?) et qu’une part des électeurs d’Emmanuel Macron d’il y a 2 ans, issus du centre-gauche, ait à l’inverse accordé leurs voix à Europe Ecologie Les Verts, voire à la liste du Parti socialiste et de Place Publique.

Cette évolution ne peut passer inaperçue. Dans la perspective des élections à venir et en particulier de l’élection présidentielle de 2022, le Président de la République doit renouer avec son électorat d’origine. Le danger pour la République en Marche, si elle se coupait durablement du centre-gauche, serait de devenir une version moderne de ce que fut l’UDF dans les années 1980-1990 : une formation politique ancrée au centre-droit, portée par un idéal européen fort, mais peu en phase avec les aspirations du monde du travail et la volonté de transformation écologique et sociale manifestée par la société française. Le Président de la République et la République en Marche seraient contraints par un espace politique trop étroit pour déployer leur action et construire l’avenir.

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Le bonheur de courir

20 km de Bruxelles, mai 2018 (© WWF Belgium / Romain Thiry)

A plus de 50 ans, je n’ai plus les jambes de ma jeunesse. L’âge est là, mais ce n’est pas tragique. Parce que dans ma jeunesse, je courais beaucoup moins qu’aujourd’hui. Sans doute le jogging était-il moins populaire qu’il ne l’est devenu désormais. Et je passais beaucoup de temps sur mon vélo, de sorte que l’activité physique était garantie. Ce n’est qu’après la trentaine que je me suis mis à courir. Pour voir jusqu’où je pouvais aller et peut-être aussi, comme un rêve secret, imaginer que je pourrais m’aligner sur un semi-marathon. Je l’ai fait. Mais, au-delà de tout cela, c’est une inquiétude de santé qui m’a conduit sur les chemins des bois et forêts de Bruxelles. Depuis le début de l’adolescence, je souffre en effet d’un asthme qui, sans être trop préoccupant, gâchait une part de mes printemps, lorsque vient la floraison. Plutôt que de fuir le sport par précaution, alors qu’il fait partie de ma vie depuis l’enfance, je me suis dit que je devais au contraire en faire davantage et courir pour mieux maîtriser ma respiration. C’est rétrospectivement l’une de mes décisions les plus inspirées.

Aujourd’hui, si l’asthme ne m’a pas abandonné, il est moins menaçant. Et cela, je le dois à la course à pied. Je sais mieux comment respirer. La course me l’a appris, les conseils d’amis également. Courir est un bonheur, seul et plus encore en groupe. Je ne suis pas un athlète. Je connais mes limites et je sais que je n’ai pas les jambes pour un marathon. Je fais 5 ou 6 courses par an, souvent des semi-marathons, parfois aussi des courses de 10 km et 15 km. Je boucle les 21 km d’un semi-marathon en 2 heures les jours de bonne forme. J’aime échanger au départ et sur la route avec les concurrents, anonymes autant que je le suis. Cette joie collective et cette bonne humeur sont une belle part du bonheur de courir. C’est du sport pour tous, quel que soit l’âge. Avec parfois une œuvre à soutenir, comme le WWF pour lequel je cours tous les ans les 20 km de Bruxelles. « Move your … for nature » : l’an passé, c’était pour les éléphants, cette année pour le tigre. Mes enfants me voient partir le matin de la course, intrigués, surtout cette année avec les oreilles du panda. Au retour, ils attendent de voir la médaille.

Tout cela n’a rien du tout d’exceptionnel. Il faut faire du sport, chacun à sa manière, selon ses préférences, son âge et ses capacités. Le monde dans lequel nous vivons nous maintient bien trop longtemps sur des chaises, des fauteuils ou des canapés. Marcher, emprunter les escaliers plutôt que l’ascenseur, courir, pédaler, nager, c’est à la portée de bien des sportifs qui s’ignorent. On y gagne un bien-être, une meilleure hygiène de vie, du plaisir et souvent aussi de nouveaux amis. Sur le port de La Corogne, en Espagne, il y a une allée de 2 km sur laquelle j’aime chaque été aller courir pour gagner ensuite le « paseo maritimo », qui suit l’océan sur près de 10 km. Cette allée est connue des habitants de La Corogne comme « l’allée du cholestérol ». On y croise notamment ceux à qui la médecine a prescrit de l’exercice. Et qui se prennent au jeu, en marchant ou en courant. Mon beau-père médecin y retrouve encore certains de ses patients. C’est une chance d’avoir dans une ville des allées, des bois et des pistes pour courir. Toutes les villes n’ont pas cela. Ce devrait être un objectif de politique municipale, que l’Europe, parce que la saison est électorale, pourrait utilement encourager.

Voilà quelques idées et un petit témoignage au soir des 20 km de Bruxelles, une semaine après les 15 km de Woluwe-Saint-Lambert et deux semaines après les 10 km de Uccle. Je serai l’an prochain de nouveau au départ de ces 3 belles courses. D’ici là, je retrouverai les allées du Bois de la Cambre, le « paseo maritimo » de La Corogne et le front de mer de l’Ile Tudy. A l’automne, il y aura le semi-marathon de Bruxelles et, peut-être, celui de Lisbonne aussi (courir fait découvrir et aimer de belles villes!). Alors, vive le sport, vive le sport pour tous !

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Transition écologique : halte à la procrastination !

Comme de nombreux Français, j’ai suivi la conférence de presse du Président de la République le 25 avril. J’ai été séduit par diverses initiatives et mesures annoncées, mais je suis aussi resté clairement sur ma faim concernant la transition écologique. Disons-le franchement : à ce stade (et depuis 2 ans), le compte n’y est pas. Il y a un écart regrettable, coupable même, entre l’ambition internationale régulièrement affichée par la France sur le climat et la réalité décevante des résultats obtenus dans l’hexagone. Depuis 2015, les émissions de gaz à effet de serre sont reparties à la hausse, en flagrante contradiction avec notre stratégie nationale bas carbone, et les prévisions indiquent qu’elles pourraient continuer à augmenter ainsi jusque 2023.

A un moment – et ce moment, la jeunesse qui défile dans les villes de France nous rappelle que c’est maintenant – il faut avoir le courage et l’ambition d’aligner les professions de foi, les actes et les résultats. Un jury de 150 citoyens tirés au sort va travailler sur la question et faire des propositions. Très bien, mais n’était-ce déjà pas le rôle du grand débat national ? Une taxe carbone aux frontières de l’Union européenne et un prix minimal du carbone dans l’Union ont été mentionnés. Très bien également, mais outre qu’il faut pour cela une unanimité des 28, ceci ne peut nous dédouaner de l’obligation d’agir en France. Or, rien n’a été dit sur l’avenir de la fiscalité française du carbone et la redistribution nécessaire de ses recettes, à l’origine pourtant du mouvement des Gilets jaunes.

La France inscrira prochainement dans la loi l’objectif de neutralité carbone pour 2050, que l’on atteindra en divisant par six les émissions de gaz à effet de serre. Il y aura certes toujours des émissions résiduelles de gaz à effet de serre, mais elles devront compensées par des puits de carbone naturels comme les forêts ou les zones humides et peut-être aussi par la capture et la séquestration du CO2. Comment ne pas soutenir cet objectif ? Et comment ne pas mesurer en même temps que des choix devront être faits pour que les résultats soient au rendez-vous ? A commencer par des choix profonds, structurants, irréversibles d’aménagement du territoire, alors même que la France est soumise à une artificialisation accélérée des terres.

Choisir, agir, obtenir des résultats, là est tout le défi pour notre pays. Cela fait des années, depuis le Grenelle de l’environnement, que la transition écologique est sujette aux effets d’annonce sans grand lendemain et in fine à une procrastination coupable. L’objectif de neutralité carbone voudrait que l’on aborde de front la question de l’affectation des terres : quelle part à la plantation d’arbres, quelle part à la production agricole, quelle part au développement économique, quelle part aussi aux grands parcs solaires ? Si ce travail-là n’est pas fait et les décisions prises peu ou pas exécutées (autre réalité dérangeante), l’objectif, comme les précédents, ne sera pas davantage tenu. Rien ne sera durable non plus sans investissements massifs pour la diversification énergétique, l’isolation thermique et l’évolution de l’agriculture.

On ne peut indéfiniment jouer petit bras et créer des instances supplémentaires de débat alors que l’urgence d’agir est là. Un conseil de défense écologique sera institué au sein du gouvernement. Qu’apportera-t-il à l’action ? Et pour dire les choses abruptement, s’imposera-t-il aux opérateurs historiques de l’énergie en France ? Ou en resterons-nous à « business as usual », c’est-à-dire au surplace ? Le Parlement osera-t-il prendre toute sa place – il le devrait – en inscrivant dans la loi et en particulier dans le budget une fiscalité ambitieuse du carbone qui soit puissamment incitative et en même temps juste socialement ? Contrôlera-t-il l’action de l’exécutif, demandera-t-il des comptes, autant sur l’EPR de Flamanville que sur les parcs éoliens offshore annoncés depuis si longtemps et que l’on attend toujours ?

C’est en affichant des résultats et pas seulement des objectifs que la France exercera utilement le leadership qui lui revient dans le combat global contre le réchauffement climatique. L’Accord de Paris nous oblige. Symboliquement, parce que la France a été le pays hôte de la COP 21, elle en est le garant. Des débats importants interviendront après les élections européennes et le renouvellement de la Commission cet automne. Ils porteront notamment sur la neutralité carbone à l’échelle de l’Union, dans un contexte de division entre Etats allants et Etats réfractaires, et sur les perspectives financières pluriannuelles de l’Union pour la période 2012-2027. Dans cette négociation essentielle, il faudra aller chercher plus de crédits pour la transition écologique. Autant de sujets pour lesquels la France sera attendue, à condition d’être au clair sur la transition écologique chez elle.

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