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Because it’s May

C’est un petit texte que j’écris dans un hôtel de Chaumont. Il est tard en ce dimanche de la Pentecôte. Hier matin encore, nous ne savions pas que nous viendrions dans la Haute-Marne. Tout est né d’un voyage à Paris le week-end passé. Sur la liste des nombreuses visites souhaitées par mes enfants aux quatre coins de la capitale, il y avait les Invalides. C’est grand, les Invalides. Nous y avons passé des heures, courant d’une salle à l’autre, d’un couloir vers un autre, d’une époque à une autre. Ils avaient envie de voir Napoléon, mais ce qui les a le plus impressionné fut au fond l’historial Charles de Gaulle, avec les images d’époque, les films et les voix. Ils ne s’y attendaient pas. Où trouver de Gaulle fut immanquablement pour moi la question subsidiaire, comme pour prolonger notre itinérance historique et familiale. Pas aux Invalides, mais à Colombey, dus-je expliquer, un petit village quelque part dans le Grand Est. De retour de Paris, la semaine passa avec cette idée récurrente : et si on allait à Colombey ? Ce n’est pas si loin de la Belgique, finalement. Et le week-end de la Pentecôte dure 3 jours. Voilà comment, à la dernière minute, s’improvisa ce voyage dans la Haute-Marne. Demain, à la première heure, nous prendrons la direction de la Boisserie et de Colombey-les-Deux-Eglises pour un rendez-vous avec l’histoire glorieuse de notre pays.

Pour arriver jusque Chaumont, nous avons roulé un peu plus de 4 heures, traversant la Lorraine du nord vers le sud. Il faisait beau, les paysages étaient magnifiques comme peut l’être la campagne au mois de mai. Au fond de la voiture pourtant, l’attention se portait plutôt vers un film, La Carapate, précieusement déroulé sur un lecteur de DVD, une autre ode au mois de mai, en moins bucolique et certainement plus comique. Le plus drôle, c’est que de Gaulle est dans ce film aussi, pas le Général libérateur de la France, mais le Président un peu perdu de mai 1968. Ce DVD a une histoire, je l’avais acheté durant le confinement du printemps 2020, pour distraire mes enfants et faire rire, parce qu’il le fallait bien alors. A l’affiche de La Carapate, il y a Pierre Richard et Victor Lanoux. C’est l’aventure totalement loufoque d’un taulard un peu facho en fuite avec son avocat gauchiste, mi-victime, mi-complice, soucieux de lui éviter la peine capitale en obtenant la grâce du Général de Gaulle. De Lyon vers Paris en passant par Auxerre, le tandem traverse la France en grève, dans les campagnes fleuries du mois de mai, piquant la Rolls d’un couple de bourgeois friqués en route vers la Suisse pour y planquer leurs sous et leurs lingots. Le film s’achève par la grâce obtenue par Pierre Richard du Général dans les toilettes de l’héliport de Villacoublay.

Je me suis amusé à entendre mes enfants glousser sur la banquette arrière, rire de mai et rire en mai. Quelque part, le mois de mai, c’est un mois léger, heureux, plein d’espérance. L’hiver est fini, le printemps avance et l’été est bientôt à venir. Les beaux jours sont là. Il y a de l’optimisme dans l’air et ce par-delà les générations. J’aime les paysages et l’esprit rebelle de mai. Notre histoire s’est souvent écrite en mai. J’adore la nature et les couleurs de mai, porté sans doute par les souvenirs de ma jeunesse, quand tout semblait possible, heureux et juste. Il y avait dans mes mois de mai bretons l’odeur du printemps et la force des rêves d’après, les émotions naissantes et les amours qui viendraient. Je revois la campagne finistérienne irradiée par les premiers soleils, le bruit délicat des ruisseaux, le parfum doux des fleurs et des foins. Je me souviens de cette envie de s’allonger dans les champs, de profiter, de rire, d’imaginer et de vivre, d’embrasser joyeusement la vie. C’est le joli mois de mai. La Carapate n’est pas un immense film, loin s’en faut même, mais il donne le moral. Il a aussi à son générique une drôle de chanson, légère et entrainante, depuis longtemps oubliée et qui pourtant restitue tellement toutes ces facettes du mois de mai, frondeur, malicieux, heureux et romantique. Interprétée par les Sunset Brothers, elle nous dit notamment ceci :

It’s May,

Flowers are growing, girl’s knees are showing,

Their hair is flowing all over,

Cause it’s May,

Get high on honey, throw away money,

And don’t ever sail away.

Vers la chanson : https://www.youtube.com/watch?v=5ZPI_v4Cy9E

Demain, à Colombey, l’histoire nous saisira, la plus belle, la plus grande, la plus noble. Tout autour de nous, l’air, les couleurs et l’esprit de mai nous rappelleront combien aussi cette saison est belle, et notamment parce qu’elle porte en elle la force de l’espérance et une vraie part de bonheur.