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Dire non à Trump

Capture d’écran, CNN, 19 janvier 2026

Cela fait un an que Donald Trump a retrouvé la Maison Blanche. Cela fait un an aussi que l’Union européenne s’humilie à courber l’échine à chacune de ses foucades, de ses provocations, de ses insultes et de ses folies, comme s’il fallait agir ainsi pour calmer son ego et espérer que la tempête se calme. Tout cela est vain et affligeant. Il faut savoir dire stop. La volonté obsessionnelle de Donald Trump d’annexer le Groenland défie le droit international et la souveraineté du Danemark, mais elle défie aussi notre capacité de résistance à nous tous, pays d’Europe et citoyens européens. Avons-nous perdu toute fierté en tremblant devant ce type ? Ce n’est pas d’obséquiosité dont il est besoin, mais de courage et de cojones pour lui dire ses vérités et lui opposer le rapport de force, la seule chose qu’il comprenne. Trump méprise les faibles et la faiblesse est précisément l’image que l’Europe lui a renvoyé depuis un an, en particulier en acceptant un accord commercial asymétrique à l’été 2025 sans aucune autre raison que la peur panique de ses droits de douane, agités à l’égard de chacun dans un mélange de haine et de clownerie. La photo de Donald Trump, de Ursula von der Leyen et leurs aéropages respectifs, le pouce levé dans la résidence écossaise du premier, était avilissante pour l’Europe.

Trump est un prédateur. Il se moque comme d’une guigne de l’intégrité territoriale des autres, du droit, de la Constitution des Etats-Unis et de la Charte des Nations Unies. C’est aussi un pleutre, qui flatte les dictateurs et maltraite maladivement ses alliés. Que le Danemark soit membre fondateur de l’OTAN ne l’affecte en rien, que ce pays ait payé un lourd tribut en vies humaines par sa participation à toutes les aventures extérieures des Etats-Unis au cours de ce siècle ne l’arrête pas davantage. Sait-il seulement où se trouve Copenhague sur la carte du monde ? Puisque l’Europe ne se résout pas à l’annexion du Groenland, elle devrait, nous dit-il, être punie par de nouveaux droits de douane, qui iraient crescendo jusqu’à ce qu’elle capitule. Cette escalade est une absolue dinguerie. Quel esprit sain, même pénétré par la défense de seuls intérêts nationaux, peut agir ainsi ? Le Groenland est-il une région stratégique du monde ? Oui, bien sûr. Faut-il l’annexer pour se protéger ? Non, et encore moins lorsque l’accord entre le Danemark et les Etats-Unis permet à Trump de rouvrir toutes les bases américaines fermées il y a quelques années sur l’île. Ce n’est en rien de sécurité dont il est question en vérité, mais de faire main basse sur les richesses minérales et naturelles du Groenland.

Apaiser dans ces circonstances ne mène à rien du tout, nous en avons amplement la preuve. Les mots sont faibles. Words are cheap. Il faut des actes forts. On ne joue pas impunément avec la souveraineté et l’intégrité territoriale d’un Etat européen. Il n’y a plus aucune raison pour l’Union européenne de mettre en œuvre l’accord commercial de juillet 2025 et c’est bien le minimum dans la situation présente. Faut-il y ajouter le recours à l’instrument anti-coercition existant dans la politique commerciale de l’Union ? Oui, si rien ne devait bouger. Cet instrument a été adopté pour permettre à l’Union européenne de faire face aux actes des pays qui restreignent à dessein le commerce avec elle pour tenter de forcer un changement de ses politiques. Nous y sommes clairement avec la volonté de Trump d’annexer une partie du territoire d’un Etat membre de l’Union, en violation du droit international. Les Européens doivent pouvoir réagir avec des sanctions, des droits de douane, des restrictions d’investissement ou des interdictions d’accès aux marchés publics. Il faut que l’Europe cesse d’avoir peur, de Trump comme aussi d’elle-même. Elle doit être forte face à un homme qui a juré de la détruire institutionnellement et qui encourage à cette fin les extrêmes-droites de notre continent.

L’Europe joue sa crédibilité comme puissance internationale. Si elle se couche, elle est fichue. Elle n’a pas été fondée seulement pour exporter des voitures et des fromages. Elle est un rassemblement d’Etats-nations qui construisent la paix et la prospérité par le droit. Trump veut la faire sortir de l’histoire, vassaliser nos pays et les réduire à l’état de confettis politiques. Poutine et Xi Jinping peuvent s’en réjouir. Ils pourront attaquer et annexer tranquillement dans leurs zones régionales respectives si l’Europe ne répond à Trump que par des mots. Le renversement des repères qui furent les nôtres depuis l’après-guerre est glaçant : notre allié américain nous abandonne, jetant par-dessus bord l’euro-atlantisme et les causes de liberté, de démocratie et du droit qui nous unissaient il y a peu encore. L’humiliation de Zelensky dans le Bureau ovale en février 2025, puis les courbettes à Poutine en Alaska en août l’annonçaient. Ce matin, on apprend que la France se verrait infliger 200% de droits de douane sur ses vins et champagnes pour son refus de rejoindre le fumeux « conseil de la paix » de Trump à Gaza, en rupture avec le cadre des Nations Unies. Mais où va-t-on ? Ce n’est plus tolérable. Il n’existe qu’une seule réponse : dire non, no, haut et fort, bluntly, à Trump et passer à l’action.

J’aime profondément les Etats-Unis et la démocratie américaine. J’ai eu la chance d’y vivre deux années passionnantes, assurément parmi les plus belles de ma vie. Je n’aurais jamais imaginé écrire ces lignes, parce que je n’aurais jamais cru qu’il soit possible de vivre ce que nous traversons depuis un an. Je sais aussi qu’il y a Donald Trump et qu’il y a les Etats-Unis, et que les deux ne se confondent pas. J’ai des amis républicains et je connais leur consternation face à cette situation. Qui donc parmi les élus républicains au Congrès prendra le risque de s’opposer à Trump ? Qui osera poser la question de sa santé mentale ? Une démocratie qui célèbre en 2026 ses 250 ans d’existence peut-elle oublier les checks and balances qui font la force de sa Constitution, verser dans la peur et l’illibéralisme, vriller sur elle-même et mettre le monde en danger ? Que reste-t-il de l’autorité de la Cour suprême ? Les Etats-Unis me manquent, politiquement, humainement. Dire non à Trump n’est pas dire non à l’Amérique, à ce qu’elle a apporté au monde, à ce qu’elle apportera demain encore. Se battre pour le droit international, pour la souveraineté et l’intégrité de nos pays européens, c’est attendre aussi que se lève aux Etats-Unis le vent du retour de la raison, c’est appeler un grand pays à nous retrouver.

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