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Pour une COP de la biodiversité

©Pixabay

Il y a quelques semaines, j’ai ramené de Bretagne un joli livre sur les oiseaux qui appartenait à mon père. Mon père aimait les oiseaux. Il me les montrait souvent lorsque j’étais enfant, m’expliquant la construction du nid, la naissance des oisillons ou les migrations d’automne. Professeur de sciences naturelles, c’était son job et il le faisait bien. Mais la vérité, c’est que c’était surtout sa passion. Jamais il ne cessait d’observer les animaux, les plantes, la nature. Chez nous, le printemps était toujours un bonheur. Je connaissais tous les oiseaux de notre jardin et aussi ceux que nous apercevions au bord de la mer, volant sur la plage ou nichés dans les recoins des falaises. J’ai ramené à Bruxelles ce livre plein de dessins et d’histoires car il est pour moi, désormais que mon père n’est plus là, un précieux souvenir. Mais j’avais l’espoir aussi de pouvoir y trouver toute la matière pour parler à mon tour des oiseaux à mes propres enfants. Comme pour transmettre la flamme.

Les images et les photos, je pourrai les montrer. Mais les oiseaux eux-mêmes ? Il y a quelques mois, un rapport du CNRS et du Muséum national d’histoire naturelle a établi que les populations d’oiseaux dans les campagnes françaises avaient reculé de plus de 30% en 15 ans. Ce chiffre est terrifiant. A l’échelle d’une vie humaine, voire de quelques décennies tout au plus, le recul de la biodiversité est une réalité palpable. Ces oiseaux qui volaient près de moi lorsque j’avais l’âge de mes enfants, eux ne les aperçoivent presque plus aujourd’hui, alors que nous visitons pourtant les mêmes lieux. Et que dire des insectes de nos campagnes, de ces papillons derrière lesquels je courais l’été? Le premier rapport mondial sur l’évolution des populations d’insectes, publié récemment, fait état d’un déclin continu de 40% des espèces depuis une trentaine d’années et d’un taux d’extinction plus rapide que celui des mammifères, des oiseaux ou des reptiles.

L’érosion du vivant à l’échelle de la planète est catastrophique. Le patrimoine inestimable qu’est la biodiversité disparaît, victime de l’intensification de l’agriculture et de l’usage des pesticides, de la déforestation, de la surexploitation des ressources, de l’urbanisation, de la pollution et du changement climatique. Le constat établi l’an passé par la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) est sans appel : si rien n’est entrepris pour enrayer le déclin de la biodiversité, le monde court à la catastrophe. Or, la protection de la biodiversité reste l’angle mort de la plupart des politiques publiques. Peu nombreux sont ceux qui, aux responsabilités, perçoivent la menace que la dégradation des écosystèmes terrestres entraine pour nos sociétés. Au risque que l’inaction finisse à terme par coûter bien plus cher que l’action urgente qu’il faudrait engager.

Rien de ce qui se passe n’est pourtant virtuel. Plus du tiers de l’alimentation mondiale est assuré par des cultures pollinisées par les insectes. C’est dire que le recul des populations d’insectes est donc un danger imminent pour l’homme. La préservation de la biodiversité s’inscrit de ce fait dans la même logique que le combat contre le réchauffement climatique : agir sans attendre pour la vie. Ce sont les deux faces d’une seule et même pièce. Certes, la prise de conscience est là, grâce en particulier à l’engagement des ONG, mais les actes manquent, a fortiori à la hauteur des enjeux. L’horloge tourne. En 2018, c’est le 1er août que l’humanité avait consommé l’ensemble des ressources que la nature peut générer en un an. En 1975, c’était le 1er décembre. Sans remettre en cause nos modes de vie, de production et de consommation, il est clair que nous ne redresserons pas la barre. Préserver la biodiversité requiert que nous changions de modèle.

Depuis près de 25 ans, je suis membre du WWF. Tous les deux ans, la publication du rapport Planète vivante me met le moral à plat. La dernière édition du rapport l’an passé montrait que les populations d’animaux vertébrés ont chuté de 60% entre 2014 et 1970, première année pour laquelle des données existent. Ce taux était de 52% dans le rapport Planète vivante de 2014, couvrant la période 1970-2010. Face à cette chute sans fin, c’est d’une action coordonnée à l’échelle internationale dont il doit être question pour réduire l’impact des activités humaines sur les ressources naturelles et amorcer la reconquête. En clair, il faut une « COP de la biodiversité ». Or, si l’IPBES est reconnu comme « le GIEC de la biodiversité », il n’y a pas de COP, faute d’une conférence internationale qui amorcerait le mouvement sur la base d’engagements initiaux des Etats. Ce doit être un élément de mobilisation. La réunion de l’IPBES à Paris en mai prochain peut en offrir l’occasion.

Que faire ? Dans mon atelier juridique sur le climat et les droits de l’homme à l’Institut d’études politiques de Paris, je fais le pont entre la protection de la nature et l’exercice des droits fondamentaux. De même que je crois à la justice climatique, je crois à la justice pour la biodiversité. Sur la base, entre autres, de l’article 2 de la Convention européenne des droits de l’homme sur le droit à la vie. Il s’agit de conduire les Etats et les entreprises à assumer leurs responsabilités afin de réparer et prévenir les dommages à la biodiversité. C’est un « duty of care » contraignant qu’il faut instaurer par la négociation internationale et la jurisprudence. Etats, entreprises, société civile, nous sommes partenaires d’un même destin. Il y a tant à faire, entre l’établissement de corridors écologiques et d’aires protégées, la conservation et la réintroduction d’espèces, l’intégration de la protection de la biodiversité dans toute politique publique ou la limitation des aides à l’agriculture intensive. C’est maintenant que tout se joue, c’est maintenant qu’il faut agir.

4 commentaires

  1. Hélène Cottaz-Palançon

    tout à fait d’accord…

Les commentaires sont fermés.