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Deux ans après

Il y a deux ans ce 18 juin, j’essuyais une rude défaite au second tour des élections législatives. La vague m’emportait, malgré un mandat mené tambour battant cinq années durant au service des Français d’Europe centrale et des Balkans, malgré une longue et belle campagne aussi. Je n’avais juste pas la bonne étiquette et l’humeur était au dégagisme. Cette sanction des urnes, je la sentais venir depuis le premier tour. Le mouvement était irrésistible et l’entre-deux tour avait été pour moi comme une tournée d’adieux. Les échanges étaient doux, chaleureux, un peu tristes aussi. Il n’y avait plus d’espoir et là où je passais, chacun le savait bien. L’après-midi du vote, à quelques heures des résultats, je m’étais isolé dans le cimetière d’Ehrenfeld à Cologne, un parc que j’aimais beaucoup. J’avais besoin de me préparer à ce qui viendrait.

Une défaite ne tient pas à grand-chose. J’avais souhaité la candidature d’Emmanuel Macron, puis son élection. Deux jours après celle-ci, je reçus le 9 mai un appel du secrétariat du nouveau Président me proposant le soutien de la République en Marche pour les élections législatives. Je l’acceptais. J’avais fait la connaissance d’Emmanuel Macron la semaine suivant son entrée au gouvernement en septembre 2014. Nous avions voyagé à plusieurs reprises en Allemagne ensemble, partageant réflexions et propositions en matière économique. Le 11 mai devait être publiée la liste des candidats investis ou soutenus par la République en Marche. J’étais en campagne en Slovénie. Installé dans un petit café, je vis sortir un autre nom que le mien sur le site que je consultais au moment fatidique. J’appris par la suite que le MoDem était passé par là.

C’est la vie. Il faut savoir perdre. J’étais sorti de la mandature de François Hollande affligé par les divisions, l’absence de leadership, l’incapacité à expliquer la politique menée et le manque de dialogue avec les parlementaires. La déchéance de nationalité m’avait blessé comme député et comme père d’enfants binationaux. Puis la publication d’un livre d’entretiens de plus de 600 pages entre le Président et deux journalistes à l’automne 2016 m’avait achevé, tant par son contenu que par la révélation que le Président préférait in fine la chronique de son quinquennat à l’échange avec les soutiers anonymes de l’Assemblée nationale dont j’étais. Enfin, j’étais las des leçons de gauchisme assénées par des collègues qui n’avaient jamais passé une journée de leur vie dans l’entreprise alors que j’y avais consacré plus de 20 ans de la mienne.

Je suis aujourd’hui un petit entrepreneur qui se bat. J’ai quitté l’engagement partisan. Mon histoire avec le PS a pris fin. Je ne m’y retrouvais plus. Les amitiés de ces années-là me manquent, mais pas l’appareil. Ai-je renoncé à mes idéaux ? Non. Je conserve la sensibilité de centre-gauche, un peu écolo et volontiers rocardienne, qui m’avait conduit à pousser la porte du PS au temps de mes études et à y militer pendant 28 ans. L’intérêt pour la chose publique ne m’a pas abandonné. Je n’en suis juste plus un acteur. L’avenir de notre pays continue de me passionner. Il y a tant de défis à relever : l’économie, le climat, la précarité. Je suis convaincu que la France y parviendra si elle sait s’unir au-delà des frontières partisanes. Et si cette union incarne la volonté d’agir notamment en faveur de ceux qui ont le moins, pour les catégories populaires.

Réformer la France, lui donner toutes ses chances en Europe et dans le monde requiert de l’explication, de l’écoute et du partage. C’est ce qui a manqué depuis deux ans. On ne met pas un pays en mouvement sans cela. Au contraire, on le braque. La verticalité n’est pas la condition de l’autorité, pas davantage que l’oubli des corps intermédiaires, qu’il s’agisse des ONG, des syndicats ou des organisations professionnelles, et des élus locaux. Aucune action publique, aucune législation, aucune réforme ne sont pérennes si les Français ne se les sont pas appropriées. C’est mon vieux fond rocardien : il faut rendre compte, écouter et accepter de se laisser convaincre. J’ai vu dans le mouvement initial des gilets jaunes l’expression d’une souffrance sociale infinie à laquelle il faut répondre. Et dans la mobilisation de la jeunesse pour le climat une crainte de l’avenir qui nous oblige tous.

Les conversations roulent déjà sur 2022, comme si le temps était suspendu, comme si les élections européennes n’avaient pas envoyé un message fort et inquiétant. La vie politique française ne peut se résumer à un match entre les inclus, que représenterait la majorité, et les exclus, abandonnés aux populistes. Il y a péril pour notre pays. Ce sont de solutions concrètes et de résultats tangibles dont il doit être question. Oui, il existe une France rurale et périphérique, paupérisée et reléguée, victime d’une fracture sociale et générationnelle croissante. L’admirable roman Leurs enfants malgré eux de Nicolas Mathieu, Prix Goncourt 2018, la raconte de manière bouleversante. Il faut se tourner vers elle. La majorité a le devoir d’agir, le devoir de s’ouvrir pour porter utilement, efficacement un agenda de réformes pour tous les Français et pour un pays qui refera société.

4 commentaires

  1. Delpont

    Je partage beaucoup de tes points de vues sans avoir été aussi «  proche du réacteur ». Merci de la reprise de tes chroniques. André

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