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Sur les chemins des cantons de l’Est

Sur les hauteurs de Schönberg, mai 2019

Le mois passé, je suis allé pédaler dans les cantons de l’Est. Depuis une première visite il y a une quinzaine d’années, je me suis pris de passion pour cette partie méconnue de la Belgique, paradis des randonneurs et des cyclotouristes. J’ai besoin d’y aller 3 ou 4 fois par an, au rythme des saisons, pour voir la nature changer et goûter la beauté de ces espaces entre l’Eifel et l’Ardenne, aujourd’hui belges et autrefois allemands. D’Eupen à Malmédy, de Raeren à Saint-Vith, de Butgenbach à Burg-Reuland, les distances ne sont pas grandes. Mais il y a les forêts, les vallons, les tourbières et les landes, une succession de paysages différents et grandioses, qui démentent l’idée que la Belgique est un plat pays. Le mollet peut en témoigner : marcher ou pédaler dans les cantons de l’Est est exigeant. On en revient heureux, le plein de chlorophylle fait, mais un peu fourbu aussi.

Dans mon lointain livre d’histoire de terminale à Quimper, les cantons de l’Est étaient appelés les «cantons rédimés», étrange expression non-dénuée de bigoterie. Elle signifiait «racheter les pécheurs» et a fort heureusement disparu depuis des expressions officielles. Les cantons apparaissaient dans mon manuel car, territoires allemands, ils furent attribués à la Belgique à l’issue de la Première Guerre Mondiale par le Traité de Versailles afin d’asseoir une défense militaire vers l’est. C’était en 1919. Cela fait donc un siècle que les cantons d’Eupen, de Malmédy et Saint-Vith, leurs 31 communes d’origine et leur quelque 1000 km2 de territoires sont belges, même s’ils furent annexés par l’Allemagne entre 1940 et 1945. En deux siècles, ils furent successivement français, prussiens, belges, allemands et de nouveau belges.

Sans doute est-ce aussi ce brassage culturel et historique qui me touche, au-delà de la force de la nature, dans les cantons de l’Est. C’est la Belgique et on s’y exprime en allemand. J’aime cela en raison de mon prime germanophone. Et aussi parce que c’est un beau symbole de la diversité du pays. Les 31 communes sont aujourd’hui devenues 11 par le fait de fusions. Celles qui composaient les cantons d’Eupen et de Saint-Vith forment la Communauté germanophone de Belgique, avec son Ministre-Président, son gouvernement, son parlement et même son député européen. Les communes des environs de Malmédy appartiennent à la Communauté française de Belgique. Cela me parle parce que je crois à la nécessité d’incarner institutionnellement le fait régional et culturel. Les cantons de l’Est en sont un laboratoire.

J’ai mes coins favoris. Il y a le parc naturel régional des Hautes Fagnes, non loin d’Eupen, un espace naturel remarquable, à près de 700 mètres d’altitude. Tout cela peut apparaître bien relatif, mais cette altitude, on la sent et on la voit aussi dans le paysage. Il y a même quelques pistes de ski de fond. D’ailleurs, et c’est un clin d’œil amusé, une butte de 6 mètres a été construite au Signal de Botrange, le point le plus élevé de la Belgique afin de passer de ses 694 mètres à 700 mètres. D’autres endroits me touchent également, comme le lac de Butgenbach, le village de Manderfeld ou les hauteurs de Schönberg, face à l’Allemagne, où le plateau de l’Eifel s’étend à l’infini. J’aime séjourner dans un merveilleux petit hôtel-restaurant, installé dans un moulin à eau restauré à Weywertz (www.levieuxmoulin.be). C’est un endroit à l’accueil chaleureux, sublime en toutes les saisons.

Les cantons de l’Est sont un paradis pour les cyclotouristes et les amateurs de VTT. Ma dernière sortie en mai était sur les chemins de Burg-Reuland, à la frontière du Luxembourg, vers Schönberg, Saint-Vith et Brach. J’ai enchainé des pentes à 15% et plus. Le parcours était exigeant. Dans la poche de mon maillot, le téléphone bipait à chaque fois que je passais de Belgique en Allemagne et d’Allemagne en Belgique. Mais le plus grand bonheur des cantons de l’Est, sur des chemins plus plats, c’est la Vennbahn (www.vennbahn.eu), l’une des plus belles voies vertes d’Europe, construite sur une ancienne ligne de chemin de fer qui reliait Troisvierges (Luxembourg) et Aix-la-Chapelle (Allemagne). Ce sont 125 kilomètres de piste asphaltée au milieu de superbes paysages, avec des tunnels et des viaducs, entre 3 pays. Les pentes sont douces et le plaisir de pédaler garanti.

Le bonheur d’aimer une région, la nature et de petits coins méconnus, c’est précisément de les faire connaître. C’est l’idée que j’avais en retrouvant mon blog il y a quelques mois : partager. J’espère que ces quelques lignes donneront à celles et ceux qui les liront l’envie d’aller à la découverte des cantons de l’Est, de leurs paysages et d’une nature magnifique, non loin de Bruxelles, de Cologne et de Bonn. En se munissant – saine recommandation – d’une bonne carte pour trouver le chemin en forêt (je parle d’expérience, marchant dans les Hautes Fagnes, je me suis retrouvé en Allemagne) et aussi sur les pistes de VTT (autre expérience, je pédalais vers le Luxembourg et j’ai fini là aussi en Allemagne…). Cela fait des kilomètres, plus parfois que l’on peut l’imaginer, mais il se trouvera toujours, et c’est aussi l’un des plaisirs des cantons de l’Est, un petit restaurant, un café, un lieu accueillant où s’arrêter, reprendre des forces et tout simplement prendre le temps.

4 commentaires

  1. Avec plaisir! Je n’oublie pas que c’est au Vieux Moulin qu’a commencé ma découverte des cantons de l’Est. Et que c’est chez vous, à Weywertz, que j’aime retourner, seul ou avec ma famille, lorsque vient l’appel de la nature, de la randonnée ou du vélo.

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