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Mois : novembre 2019

Contre la collapsologie, contre le conformisme, ensemble pour le climat

Il y a quelques mois, l’interview d’un ancien (et lointain) Ministre français de l’Environnement annonçant pêle-mêle l’effondrement de la civilisation et la fin du monde m’avait laissé sans voix. Il était question de disparition de l’électricité et donc d’Internet, de guerres probables et de survie en autarcie, à proximité d’un étang… Ce témoignage m’avait glacé, non parce que j’y adhérais d’une quelconque manière, mais par la collapsologie libérée et folle qu’il véhiculait. En un mot, et pour parler trivialement, nous serions tous foutus, nous qui vivons en ce moment et les rares qui vivraient après nous. C’est bien sûr la liberté des uns de s’exprimer et d’argumenter, voire de faire peur. Et c’est la liberté des autres que de dire que tout cela est juste dingue et qu’il est essentiel, face au péril climatique, de garder plus que jamais raison et foi en l’avenir. Car le catastrophisme ne pousse pas au sursaut, mais au contraire au renoncement et à la déprime, et c’est tout l’inverse qu’il nous faut.

La Terre n’est pas foutue, même si elle est mal en point et que nous en sommes responsables. Ce n’est pas dans l’annonce de la fin imminente du monde que l’on se révèle écologiste et amoureux de la vie, mais dans l’énergie déployée à lutter concrètement contre le péril climatique. Depuis le Sommet de Rio il y a bientôt 30 ans, une immense prise de conscience est intervenue chez ceux qui, acteurs gouvernementaux, industriels ou financiers, détiennent une bonne part de la réponse et avaient longtemps vécu dans le déni. Le combat admirable des ONG et la mobilisation continue sur les réseaux sociaux ont contribué décisivement à cette évolution, au moment où l’opinion publique prenait la mesure des dangers du réchauffement climatique et de la nécessité pour chacun d’entre nous de modifier profondément nos comportements. Les progrès sont peut-être lents, les égoïsmes nationaux et autres calculs diplomatiques sont critiquables, mais la volonté est là et elle est essentielle.

Je crois en la science, en la recherche, en la technologie, en l’industrie. En l’homme, en la liberté et en la responsabilité. J’ai la conviction que la transition écologique ne se fera utilement que dans le cadre du marché et du libre-échange. L’économie administrée et le vieux débat sur la fin du capitalisme n’offrent aucune perspective d’action. Il n’est plus temps de s’affronter, mais de convaincre, d’unir les forces et les initiatives, d’aller chercher le résultat en se gardant d’opposer les uns aux autres, en décernant les mauvais points et les certificats de respectabilité. La responsabilité sociale de l’entreprise est fondatrice et elle est désormais une réalité. Lorsque les fabricants de climatiseurs s’unissent pour éliminer de leurs produits les gaz hydrofluorocarbures, à l’effet de serre redoutable, il faut les saluer. Lorsque les armateurs s’engagent à réduire la vitesse de leurs porte-conteneurs et à renoncer à emprunter la route du Nord entre l’Europe et la Sibérie, il faut en faire de même.

Je crois en la justice sociale comme je crois en la liberté. Je n’oppose pas l’une à l’autre. La justice sociale est la condition non seulement de l’appropriation de l’objectif climatique et de son acceptabilité, mais fondamentalement de son efficacité. En d’autres termes, pour faire écho au slogan des Gilets Jaunes, la fin du monde et la fin du mois sont liées. Nous ne sommes déjà pas égaux face à la crise climatique, nous ne le sommes pas davantage face aux décisions prises pour la combattre. Je suis partisan d’une taxe carbone élevée, pas par fétichisme de l’impôt, mais parce que l’outil fiscal est tout simplement déterminant pour changer nos comportements. Je l’avais exprimé en début d’année sur ce blog : www.pyleborgn.eu/2019/04/oui-a-la-taxe-carbone. A 30€ la tonne de CO2, les comportements commencent à changer. A 70€, la substitution vers les solutions décarbonées est faite. Nous en sommes malheureusement loin encore, des 70€ comme des 30€.

La taxe carbone ne produira tous ses effets que lorsque son caractère redistributif aura été sanctuarisé. L’an passé, l’augmentation de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (Ticpe) est ce qui avait attisé les colères et lancé le mouvement des Gilets Jaunes. Sait-on que seulement 20% des recettes de la Ticpe étaient fléchées vers les dépenses afférentes à la transition écologique et que 80% de ces recettes finançaient par conséquent des dépenses qui n’avaient strictement rien à voir avec elle? C’est cela qui est incompréhensible, intolérable et qui relève même, disons-le, de la sortie de route politique. Car c’est une évidence que changer de voiture ou de mode de chauffage est infiniment plus difficile avec un petit budget familial qu’avec un gros. La transition sociale est la condition de la réussite du passage d’une économie reposant encore largement sur les énergies fossiles vers des choix décarbonés. Ce combat reste à livrer et à gagner.

Je suis avec beaucoup d’intérêt les travaux de la Convention citoyenne pour le climat. Depuis le début du mois d’octobre, 150 Français tirés au sort travaillent sur les moyens de réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 30% d’ici à 2030. C’est un format utile, loin des contradictions et des calculs de court terme que j’avais pu parfois connaître dans la vie parlementaire. Ceci ne rend que plus regrettable à mes yeux que le retour d’une hausse de la taxe carbone en soit absent. C’est comme si la crise de l’an passé avait tétanisé toutes les volontés sur cette mesure pourtant décisive. Or, comment peut-on parler utilement d’impôt à la Convention citoyenne en évitant la question de la taxe carbone et, à travers elle, celle du financement des transferts sociaux nécessaires pour réussir la transition vers une économie décarbonée? Au risque de n’aborder qu’insuffisamment la réflexion opérationnelle sur l’adaptation urgente de la fiscalité française à la lutte contre la crise climatique.

Aucun sujet ne doit être tabou, même lorsqu’il est difficile, précisément parce qu’il est difficile. Défions-nous de la collapsologie d’un côté et du conformisme de l’autre. Les deux sont des impasses. Si urgence il y a, et c’est le cas, c’est maintenant qu’il faut agir et donc maintenant qu’il faut s’unir. Nous vivons un moment de bascule de l’histoire de l’humanité, qui requiert des choix courageux. S’écouter, se faire confiance, convaincre, accepter de se laisser convaincre, voilà autant d’attitudes nécessaires pour progresser vers les solutions et les résultats. J’ai retrouvé la question climatique sous l’angle de l’entreprise après l’avoir pratiquée durant plusieurs années dans la vie parlementaire. Je mesure les progrès accomplis, l’évolution des attitudes. Je juge sévèrement la pusillanimité et l’exercice parfois incantatoire de la parole publique. Mettre les actes en accord avec l’ambition, j’y crois. Pas parce qu’il serait politiquement correct de l’assurer, parce que je sais ce que la coalition des volontés peut produire de meilleur.

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C’était Poupou

Je suis un enfant des années 1960, qui s’est éveillé aux joies et bonheurs du vélo vers 7-8 ans. Les héros de mes jeunes années s’appelaient Merckx, Ocana ou Thévenet. Et bien sûr Raymond Poulidor, que j’appelais « Poupou » comme à peu près tout le monde à l’époque. L’annonce de sa mort ce 13 novembre m’a profondément peiné. Plus qu’un coureur, plus qu’un champion, c’était un homme, une vie, un exemple que j’avais appris à aimer. Il y avait chez Raymond Poulidor une simplicité, une bonhommie, une immense gentillesse. C’est l’histoire d’un homme qui s’était élevé par le vélo et qui, au-delà l’une longue carrière, était resté un personnage populaire, présent sur le Tour de France, reconnu par des générations, y compris par celles qui ne l’avaient jamais vu sur la selle.

Pourquoi aimait-on Poupou? Parce qu’il était sympa, parce qu’il incarnait d’une certaine façon cette France rurale et généreuse, cette France des campagnes et de l’été dans laquelle nous nous reconnaissions tant. Sans doute un peu aussi parce qu’il était un glorieux second, jamais vainqueur du Tour, 8 fois deuxième, sans même avoir eu la chance de pouvoir porter un jour le mythique maillot jaune. Il avait été l’adversaire d’Anquetil, puis celui de Merckx. Entre le retrait de l’un et l’avènement de l’autre, Poupou n’avait juste pas eu de pot, battu par moins bon que lui, victime des circonstances et d’une solide poisse. Comme lors de cette chute en 1968 qui le laissa le visage en sang et le nez cassé sur une route du Sud-Ouest alors que filaient le peloton et le Tour qui lui tendait les bras.

Il serait injuste pourtant de ramener Raymond Poulidor à un champion qui ne gagnait jamais. Car des courses, il en a gagné, et de belles. Poupou était un puncheur, au démarrage sec en montagne. Il grimpait très bien et tenait son rang contre la montre. J’ai vu Poupou gagner, mais oui, et je m’en souviens comme si c’était hier! C’était au printemps 1974, en nocturne, sur les routes d’Ergué-Gabéric au critérium de la Vallée Blanche. Poupou avait fait le dernier tour à fond, lâchant ses concurrents dans le dernier virage de la côte de Stang-Ven, là où je me trouvais avec mon père. Deux ou trois heures plus tôt, s’échauffant, il avait ralenti à notre hauteur et mon père lui avait lancé : « Alors, Raymond, çà va ? ». Souriant, il nous avait répondu : « Mais oui, mais oui ». J’avais 9 ans et j’étais aux anges.

C’était Poupou. Et c’était nous aussi. Pleurer Poupou, c’est pleurer une époque, un temps lointain, de beaux souvenirs. C’est garder au cœur les valeurs qui ont fait le cyclisme et construit sa légende, au premier rang desquelles la dignité et la sportivité. Raymond Poulidor était un personnage incroyablement humain. Son amitié d’après le vélo avec Jacques Anquetil avait montré que la rivalité d’un temps pouvait faire place à une toute autre histoire après. Au Panthéon de mes souvenirs, il restera à jamais un maillot Gan-Mercier et un vélo mauve, les souvenirs de belles courses et de bras tendus, d’applaudissements et de regards émerveillés. Un homme s’en est allé, mais sa trace demeurera. Quelque part, sur mon vélo, au coin des routes et des chemins, il y aura toujours Poupou.

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