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Mois : janvier 2020

Bye Bye Britain

© Pixabay

Ce soir, le Royaume-Uni quittera l’Union européenne. C’est un triste jour pour ce grand pays, c’est un triste jour pour l’Europe aussi. Pour la première fois, l’Union européenne perd un Etat membre. Le projet européen voulait que l’on additionne des Etats, pas qu’on en soustraie. C’est pourtant ce qui se passera ce vendredi 31 janvier 2020 sur le coup de minuit. Il faut vouloir parler d’échec, d’échec de l’Union, d’échec de ceux qui l’on fait, de ce qui y ont cru et y croient encore. Lorsque l’Europe se construit loin du citoyen, qu’elle n’entend pas assez, qu’elle ne protège pas assez, la démagogie et les mensonges peuvent alors prospérer librement sans risquer une contradiction efficace. Ce fut le cas en juin 2016 au Royaume-Uni. En donnant à Boris Johnson une large majorité absolue à la Chambre des Communes en décembre 2019, le peuple britannique a confirmé son choix de 2016, qu’il s’agit désormais, au-delà de la peine et des regrets, de respecter.

Demain sera un autre jour. Il reste à définir ce que sera la relation future entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Le défi est immense. Les règles du marché unique resteront en vigueur au Royaume-Uni jusqu’au 31 décembre de cette année, pas au-delà. Ce qui implique que britanniques et européens négocient à marche forcée un cadre pour l’avenir, faute de quoi s’appliqueront les règles de l’Organisation mondiale du commerce avec droits de douane et quotas à compter du 1er janvier 2021. L’impact sur l’activité économique d’un tel scénario serait désastreux, en particulier pour le Royaume-Uni dont près de 50% des exportations de biens ont l’Union européenne pour destination. Il serait question d’une perte de 5,5% de PIB sur le long terme. Pourtant, certains milieux proches de Boris Johnson poussent pour la rupture complète et la transformation du Royaume-Uni en un Singapour européen à coups de dumping fiscal, social et environnemental.

L’Union européenne ne peut se permettre d’avoir un adversaire à ses portes. Et s’il est une leçon à retenir du Brexit, c’est l’urgence de protéger les Européens et de leur en apporter la preuve. Des millions d’emplois seraient en jeu chez nous si les négociations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne venaient à échouer. Il s’agit de tenir bon sur l’intégrité du marché unique, qui reste l’atout politique et commercial de l’Union à l’échelle du monde. Cet objectif doit être la priorité du mandat de négociation que les 27 Etats membres donneront à Michel Barnier prochainement. Le temps n’est plus d’être naïf ou timide, surtout quand personne ne l’est en face, d’autant que le gouvernement britannique entend négocier en parallèle des accords commerciaux avec les Etats-Unis, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Ce qui exclut de fait toute solution de type norvégienne (accès au marché unique et contribution au budget de l’Union) ou turque (union douanière).

La vérité est cependant qu’à ce stade, le Royaume-Uni a plus à perdre que l’Union européenne, quoi qu’en dise Boris Johnson. Jamais un accord commercial avec d’autres régions du monde, fut-il majeur, ne compenserait avant longtemps les conséquences à court terme d’une rupture totale avec l’Union. Les régions industrielles de la vieille Angleterre, qui avaient plébiscité le Brexit en juin 2016 et apporté leurs voix aux conservateurs en décembre dernier, seraient les premières à subir par un chômage de masse l’introduction de quotas et de droits de douane. Cela, Boris Johnson le sait mieux que quiconque. Pour cette raison, il est probable qu’il tende in fine au compromis, quitte à payer pour conserver l’accès au marché unique (et à fâcher ainsi certains de ses amis politiques), peut-être dans une forme de scénario identique à la relation entre l’Union européenne et la Suisse reposant sur la libre circulation des marchandises, mais pas des services.

Un échec peut aussi être source de sursaut et d’opportunités. L’Union européenne est une machine bureaucratique complexe et lente. Un partenaire flexible et rapide peut la mettre en difficulté, prendre un temps d’avance sur elle, plus encore parce qu’il en connaîtrait mieux que quiconque les contraintes et les failles. C’est ce que le Royaume-Uni peut être tenté de faire dans les négociations et une fois la relation future posée, notamment dans le cadre de la convergence nécessaire liée à son accès au marché unique. Non seulement l’Union ne pourrait prendre ce risque, mais elle serait inspirée de l’anticiper en se réformant. C’est là que le Brexit peut être pour elle une opportunité car la nécessité d’agir pour se protéger se ferait grande. Il est temps, et ce doit être l’objectif des 27 Etats membres, de reposer la question des objectifs, des moyens et des règles de l’Union européenne pour poursuivre au service des européens et avec eux la belle et grande aventure de l’intégration.

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Hommage à tous les élus

La mairie du Thoureil, sur les bords de la Loire, en Anjou

Le mois passé, quelques jours avant Noël, j’avais rendez-vous dans le nord du Finistère avec le maire d’une petite commune. Je l’avais déjà rencontré quelque temps auparavant. Son dynamisme, sa volonté, sa passion contagieuse pour l’avenir de sa commune m’avaient touché. Ce matin-là, arrivant un peu en avance, je remarquais à proximité de la mairie des représentants des forces de l’ordre et la voiture du légiste. Un drame venait de se produire, faisant deux victimes. J’aurais compris que le maire annule notre rendez-vous. Je le suggérai même à son secrétariat. Mais non, il tenait à ce que notre échange ait lieu malgré tout. Je le vis arriver quelque temps après, revenant des lieux du drame. « Alors, les énergies renouvelables… », me dit-il, engageant la conversation. J’étais impressionné. Il venait de vivre – et sa commune avec lui – un moment terrible. Il était tout à notre dialogue. Dans ses yeux cependant, je percevais au détour d’un regard la peine immense de ce matin-là.

J’ai une sincère admiration pour les élus. L’avoir été moi-même durant 15 ans y contribue sans nul doute, mais pas seulement. Il y a dans l’exercice des responsabilités une disponibilité et une abnégation trop méconnues des citoyens. Ce rude jour de décembre me l’a rappelé sans fard. Les élus sont humains et ils méritent reconnaissance, par-delà toutes les étiquettes. Car des situations dramatiques comme celle que je décris, nombre d’entre eux, maires, ont eu tristement à les connaître. Des accidents, des incendies, des homicides surviennent au cours d’un mandat et c’est au maire, toujours, qu’il revient de se trouver aux côtés des secours et des forces de l’ordre. Comme il lui revient aussi de prévenir les familles. C’est une facette du mandat municipal qui est souvent ignorée et dont les élus eux-mêmes, probablement par pudeur, ne parlent que trop rarement. Elle souligne pourtant la disponibilité, toute la force morale et tout l’engagement que requiert leur charge.

Notre société est prompte à vilipender ses élus. Trop nombreux, trop défrayés, trop protégés et finalement trop tout… Au point d’occulter que la France vit aussi, et peut-être même d’abord, grâce à ce réseau formidable tissé à l’échelle de nos milliers de communes et dont le trait commun a un nom : la vocation de l’intérêt général. Cette vocation doit se transmettre. Il en va de la vitalité de notre pays. Or, pour qui aime la chose publique ou sillonne la France comme je le fais depuis un an, ce qui marque, c’est le découragement qui gagne une part des élus, une part des maires. Aux prochaines élections municipales, dans deux mois, nombre d’entre eux ne se représenteront pas. Certains parce qu’ils estiment que le moment est venu de passer la main – et c’est très honorable – d’autres parce qu’ils s’interrogent sur le sens même de leur action et sur les sacrifices personnels qui l’accompagnent. Cette réalité-là n’en est pas moins estimable. D’autant qu’elle est un vif signal d’alarme.

Un maire, cela se respecte. Et plus largement un élu aussi. A ceux qui protestent et vitupèrent sur les réseaux sociaux, tranquillement planqués derrière un écran et souvent derrière un pseudonyme aussi, je n’ai qu’une réponse : présentez-vous aux élections si vous n’êtes pas d’accord, construisez une alternative. Le reste n’est qu’une vaine et triste agitation. Mais rendre justice aux élus, c’est également attendre qu’un lien pérenne de confiance existe entre eux et les autorités de l’Etat. Tant de choses ont changé en un ou deux mandats avec l’émergence des communautés de communes et des métropoles, avec les réformes successives de la fiscalité locale. Les élus doivent être confortés, encouragés et, en effet, respectés. C’est un long sillon qu’il s’agit de tracer, ensemble, dans une logique de partenariat, dans un esprit de décentralisation renouvelée. L’action publique passe par le dynamisme des communes, des territoires et des bassins de vie.

Il n’y a pas trop d’élus en France. La démocratie est à ce prix, et en particulier la démocratie locale. Un élu peut-il changer la vie ? Non, mais il peut puissamment y contribuer. Derrière une commune qui bouge, un territoire qui vibre, il y a un conseil municipal, un travail d’équipe, un sens partagé du bien commun. Un élu, c’est aussi celle ou celui que l’on vient voir pour un conseil, une aide, un soutien. Ce lien personnel est éminemment précieux, irremplaçable dans notre démocratie. Aider, pour un élu, c’est un devoir et c’est aussi une fierté. Les meilleurs souvenirs de ma vie d’élu, ce sont ces combats gagnés pour défendre un dossier, rétablir quelqu’un dans ses droits, faire prévaloir la justice et notamment la justice sociale. Parfois après des années de travail. Tout cela, il faut le dire, l’expliquer, le raconter. Il s’agit de rendre grâce aux élus, ceux d’aujourd’hui et de demain, de faire vivre cette belle vocation de l’intérêt général et transmettre car telle est la force de la démocratie française.

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