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L’avenir, ce sont les énergies renouvelables

J’ai lu hier matin l’interview dans Le Monde du député du Vaucluse Julien Aubert s’en prenant au soutien accordé par les autorités françaises au déploiement des énergies renouvelables (www.lemonde.fr/economie/article/2019/03/16/julien-aubert-depute-lr-la-transition-energetique-a-la-francaise-est-incoherente_5437031_3234.html). Dire que les bras m’en sont tombés est un euphémisme. Voudrait-on faire échouer à l’avance le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur l’impact économique, industriel et environnemental des énergies renouvelables, dont Monsieur Aubert est pourtant le président, que l’on ne s’y prendrait pas autrement. J’ai été cadre-dirigeant dans l’industrie solaire européenne, puis député et à ce titre rapporteur de la ratification de l’Accord de Paris sur le climat à l’Assemblée nationale. C’est dire que les énergies renouvelables, je les connais bien depuis longtemps. Et je me sens autorisé à contredire les affirmations de mon ancien collègue.

Selon Monsieur Aubert, le soutien aux énergies renouvelables serait trop coûteux. Doit-on rappeler que ce qui coûte cher aujourd’hui, c’est essentiellement le financement des premières installations déployées entre 2005 et 2011 au moyen d’un tarif de rachat de l’électricité sur 20 ans certes généreux, mais qui permettait aussi aux industriels d’avoir la visibilité pluriannuelle d’investissements décisive autorisant une production importante de panneaux photovoltaïques – pour prendre l’exemple de l’énergie solaire – contribuant elle-même par des économies d’échelle à une baisse considérable des coûts de fabrication. Ce pari était nécessaire. Il a été relevé : la compétitivité des énergies renouvelables est désormais une réalité. Les prix pratiqués dans les appels d’offres ces dernières années n’ont plus rien à voir avec les tarifs de rachat initiaux.

Monsieur Aubert qualifie de « folie budgétaire » la récente décision du gouvernement dans la programmation pluriannelle de l’énergie (PPE) de multiplier par cinq et par deux les capacités installées des installations solaires et éoliennes pour 2028. Son erreur est de raisonner à technologies et à coûts constants. Elle est aussi d’ignorer que l’énergie solaire est maintenant compétitive avec les énergies fossiles et même avec l’énergie nucléaire. Ce qui soulève d’ailleurs l’intérêt de son déploiement par de grandes centrales hors appels d’offres et donc hors soutien public au moyen de contrats d’achat de longue durée entre un producteur d’électricité solaire et des entreprises consommatrices énergivores. Pour atteindre les objectifs de la PPE, le chemin pour la France, en complément du système d’appels d’offres, se trouve notamment là.

Des contraintes existent qui, si elles étaient levées, libéreraient le déploiement de l’énergie solaire en France. Il faudrait travailler sur la taille des installations, la réduction des incertitudes et des délais pour les permis de construire et les raccordements au réseau, la connexion des grandes centrales au réseau de transmission, la transparence des coûts d’accès au réseau de distribution, etc. Faisons confiance au retour d’expérience des entreprises, où qu’elles se trouvent dans la chaîne de valeur. L’industrie photovoltaïque d’il y a 10 ans n’a plus grand-chose à voir avec celle d’aujourd’hui tant les avancées technologiques ont été considérables. C’est vrai des rendements. C’est même vrai aussi, peu à peu, du stockage et de l’intermittence. Aussi n’est-il pas juste de dire, comme le fait Julien Aubert, « qu’on devra coupler (les énergies renouvelables) avec du gaz et du charbon » pour toujours.

Arrêtons également d’opposer le choix nucléaire de la France aux énergies renouvelables, en arguant que le nucléaire ne produit pas d’émissions de CO2 et qu’il n’est pas cher pour dispenser notre pays de tout effort en faveur des énergies propres. Quel est le coût du traitement et de la gestion des déchets nucléaires ? Voilà une question qu’il faut aborder. Pour ma part, je connais l’accord volontaire et préfinancé européen de collecte et de recyclage des panneaux solaires (PV Cycle) pour en avoir été, avec quelques autres industriels, à l’origine il y a une douzaine d’années. Autre question : qui paierait l’installation d’un second EPR en France ? A l’évidence les consommateurs, par une surcharge sur leur facture d’électricité qui excéderait sûrement le coût du déploiement des énergies renouvelables tel qu’envisagé par la PPE. Gardons-nous de ce fait de tout jugement péremptoire et définitif.

Reste l’argument de l’emploi français employé par Julien Aubert : « … on dépense beaucoup d’argent pour remplacer une énergie décarbonée produite avec des emplois industriels en France – le nucléaire – par une énergie décarbonée qui favorise les entreprises des pays voisins – le solaire et l’éolien ». C’est vrai que les panneaux solaires et les éléments d’éoliennes sont souvent fabriqués hors de France. Mais la chaîne de valeur est beaucoup plus large que la seule industrie manufacturière. En amont et en aval des projets de déploiement, il y a des entreprises, souvent jeunes, toutes dynamiques, passionnées et ancrées dans nos territoires, qui ont un savoir-faire décisif et qui créent beaucoup d’emplois, directement et indirectement. L’aventure des énergies renouvelables, c’est cela aussi. La France doit prendre sa pleine part de ce défi économique, industriel et de société. Tant se joue maintenant. J’ai confiance que le rapport de l’Assemblée nationale, attendu pour l’été, saura utilement l’illustrer.